lundi 26 juin 2017

Udo Schindler & Ove Volquartz /Karoline Leblanc Luis Vicente Hugo Antunes Paulo J Ferreira Lopes/ Tanja Fetchmair Uli Winter Fredi Proll/ Lacy Pool 2

Answers and maybe a Question ? Udo Schindler & Ove Volquartz FMR CD440-0217

Inusité : un duo de clarinettes basses et de clarinettes contrebasses enregistré lors d’un concert le 25 novembre 2016 au 69th Salon für Klang un Kunst à Krailing près de Munich. Une réelle empathie se noue faite de boucles, de grasseyements, de plaintes vers l’aigu et parfois de semi silences. On explore les graves et même les abîmes mystérieux (Mysterious abysm), en prenant le temps de jouer, la clarinette contrebasse n’étant pas un instrument super maniable question articulation. Udo Schindler aime à solliciter les harmoniques et cette propension s’adapte bien à la personnalité de son partenaire. Ove Volquartz ne se départit pas de son lyrisme immédiatement reconnaissable, avec un choix de notes tout personnel et des doigtés complexes. On le constate dès le début du troisième morceau, Turbulence, est un dialogue parfait où  chacun des souffleurs croisent ses lignes, les déclinaisons de son style personnel par une magnifique connivence réciproque : chaque instant voit s’imbriquer les sauts de registre de l’un avec les cadences de l’autre, les pointes subtiles vers l’aigu et les gravèlements dans une symbiose réussie. Les idées défilent, s’échangent, les notes meurent et renaissent dans un flux à la fois spontané et étudié, les vibrations des deux colonnes d’air du registre grave à l’aigu se complètent comme si elles provenaient du même souffleur. Un enregistrement qui va plus loin que la rencontre de deux musiciens aux instruments identiques : ils réussissent à prendre leurs marques en exprimant leur personnalité profonde et leur sensibilité tout en dépassant positivement ce à quoi l’autre était en droit d’attendre : l’empathie, l’écoute, la complicité authentique.

A Square Meal Karoline Leblanc Luis Vicente Hugo Antunes Paulo J Ferreira Lopes atrito-afeito007

Encore un album avec le trompettiste portugais Luis Vicente, apprécié dans Fail Better !, Chamber 4, Clocks and Clouds, In Layers, quatre opus vraiment recommandables. Ces musiciens portugais s’activent se font connaître avec des improvisateurs français, anglais, américains… Rien d’étonnant de les entendre faire équipe avec une pianiste Québecquoise, Karoline Leblanc.  Free-jazz « free » lyrique, racé et rebondissant, piano mouvant et piloté par des mains expertes en phase avec les phrases tour à tour enflammées ou relâchées du trompettiste, qui n’hésite pas à éructer en cisaillant la colonne d’air. Le batteur Paulo Ferreira Lopes drive de la pointe des baguettes avec goût et une belle sûreté rythmique, sans oublier un sens de l’économie des gestes, le bassiste Hugo Antunes assure la pulsation première avec goût et de belles notes rondes ou s’échappe en frottant dans les harmoniques entraînant le trompettiste dans ses derniers retranchements, l’art bruitiste faisant merveille. Une réelle cohérence s’établit au fil des cinq morceaux vivaces, primesautiers, intenses, vécus et un vrai sens de l’improvisation. Au fur et à mesure que les morceaux défilent, une interaction de qualité entre chacun d’eux se développe comme une excroissance de l’identité sonore du groupe. Dans une formule instrumentale hyper reconnue, les quatre musiciens captivent l’auditeur avec brio, logique, spontanéité et sans bavardage. Une de leurs qualités est ce sens inné de la dynamique qui apporte la légèreté indispensable aux improvisateurs pour s’envoler. Karoline Leblanc fait un excellent travail de musicienne de groupe (collective) et Luis Vicente se confirme encore comme une voix particulière de la trompette (avec sourdine ou sans) qui dose ses interventions à la perfection, jouant son rôle de première voix du quartette avec le plus grand naturel : il joue ce qui doit être joué dans la logique du projet. Excellent !!

Trio Now ! Live at Nickelsdorfer Konfrontationen 23.07.2016  Tanja Fetchmair Uli Winter Fredi Proll Leo Records LRCD789

Groupe local enregistré lors de la dernière édition d’un des festivals de musique improvisée les plus réputés, Trio Now ! ne fait pas que de la figuration. Saxophone alto (Tanja Fetchmair), violoncelle (Uli Winter) et batterie (Fredi Proll), Trio Now joue une musique vivace, complètement improvisée où chaque musicien incarne la tradition de son instrument : la souffleuse surfe sur le tandem rythmique qui diversifie son jeu avec brio. Le batteur envoie des roulements multidirectionnels avec une excellente dynamique veillant à la plus grande lisibilité. Le violoncelliste improvise des lignes irrégulières à l’archet qui complémente et pousse la saxophoniste à intensifier ses volutes, arcatures désaxées défiant la gravité que lui permet une articulation de première. C’est l’impression générale donnée par cette intense rencontre, mais la réalité est difficilement descriptible car les trois musiciens envisagent leurs improvisations dans une grande variété de cas de figures, de situations sonores. C’est la version du free-jazz qui est passée par l’école exigeante de l’improvisation radicale : le trio joue sur la corde raide n’hésitant pas à explorer les sonorités, les mouvements dans une véritable télépathie, sursautant et faisant sursauter le public. Le violoncelliste et la jeune saxophoniste se suivant à la trace comme dans ce Proximity ou s’éloignant pour mieux se retrouver, chassé-croisés commentés par les subtils rebonds du batteur Fredi Proll sur les peaux. Dans ses doigtés, son articulation et sa fluidité Fetchmair s’ingénie à se dépasser  au fil des improvisations, cette combativité pour élargir son matériau musical se nourrissant du jeu astucieux en contrepoint du violoncelliste Uli Winter. Si Trio Now ! semble marcher sur les traces de groupes fameux « souffleur/ cello / batterie, où officiaient des violoncellistes incontournables comme Abdul Wadud (avec Julius Hemphill), Ernst Reyseger (avec Michael Moore et Bennink) ou Fred Lonberg-Holm (avec Vandermark, Frode Gjerstad, etc), fait montre d’une réelle originalité dans la manière dont les trois instrumentistes tissent leurs constructions interactives et les formes qui en découlent et cela est à mettre au crédit du violoncelliste et de son imagination. Trio Now !  a enregistré ce concert durant les Konfrontationen 2016 de Nickelsdorf, un festival légendaire où se produisent la gratin de la scène improvisée (Brötzmann, Lovens, Hautzinger, Gustafsson, Mc Phee etc….). L’énergie est palpable de bout en bout : on les sent portés par le public (chaleureusement applaudis) -nos trois autrichiens déchaînent autant les passions que les artistes les plus « cotés » à l’affiche. On parle de diversité dans la société et de conserver les espèces dans la nature, ce point de vue s’applique aussi aux musiques improvisées : ce disque prouve une fois de plus que la scène d’improvisation internationale déborde de talents aussi remarquables qu’inconnus.

Lacy Pool 2 : Uwe Oberg / Rudi Mahall / Michael Griener Leo Records CD LR 792

Comme de nombreux lecteurs le savent sans doute, j’écris principalement sur l’improvisation libre (radicale) quasi toutes tendances, y compris sur ce que j’appelle le free free-jazz avec parfois un détour vers des choses plus conventionnelles lorsqu’un musicien improvisateur que j’apprécie enregistre un beau témoignage de jazz intelligent dont il connaît les arcanes. Ainsi lorsque le guitariste Richard Duck Baker dont j’avais apprécié l’excellent album Outside en solo sur Emanem, m’avait envoyé un cd de son trio jazz avec John Edwards et Alex Ward dans lequel il étendait / reconsidérait (« revisiter » est un mot dévoyé et trop « communicant » à mon goût) la tradition en réinventant sa pratique sur base de ses compositions personnelles. Je n’ai pas hésité à chroniquer positivement cette musique (aussi par estime pour ses deux acolytes)… parce qu’il avait une façon de jouer éminemment personnelle, subtilement subversive et presqu’ironique.
Alors, en recevant gracieusement ce Lacy Pool 2 , je suis un peu embêté. Bien sûr, j’adore Steve Lacy qui lui-même fut sans doute le plus intéressant interprète de Thelonious Monk. J’aime particulièrement Rudi Mahall, un exceptionnel clarinettiste basse dont j’ai écouté pas mal d’albums dont l’excellent coffret de A. von Schlippenbach rejouant toutes les compositions de Monk où Rudi fait des merveilles à la clarinette basse en faisant songer à Dolphy – et sur les compos de Monk cela sonne incroyable. Rudi Mahall est selon moi, un artiste de première grandeur. Son album solo sur Psi Records est une merveille. J’ai acheté en son temps cet excellent album en duo du pianiste Uwe Oberg avec la joueuse de Pi-Pa (et chanteuse dans ce disque !) Xu Feng Xia, Looking, une des perles du catalogue Nur Nicht Nur (un label quasiment incomparable !). Uwe a aussi enregistré un superbe album en duo avec Evan Parker pour jazzwerkstatt que je vous recommande. Je considère avec beaucoup d’intérêt le travail du percussionniste Michael Griener et je me suis réjoui qu’il ait enregistré avec l’incontournable Günther Christmann : Vario 51 « push and pull » en 2013 (Alberto Braida Günther Christmann Michael Griener Elke Schipper), Vario 41 (Boris Batschun John Butcher Günther Christmann Michaël Griener) et participé au projet  the sublime and the profane (processes between improvised music and sounds from daily live), trois albums autoproduits par Christmann lui-même en CD’r sur ses editions explico à un prix prohibitif (il est un des rares artistes à qui j’achète ses éditions limitées, numérotées avec tirages photos etc…). L’écoute de ce Lacy Pool 2 me fait dire que cet hommage à Lacy consistant à jouer les compositions de Lacy ne sonne pas comme il faudrait interpréter Lacy. En fait, comme lui-même Steve Lacy interprète Monk, en accentuant le côté cubiste de la musique du pianiste Harlémite et en éléminant les notes de trop, dirais-je en schématisant. J’ai toujours trouvé dommage ces hommages à X, Y ou Z. A-t-on jamais entendu Charlie Parker rejouer Louis Armstrong (qu’il connaissait par cœur !) ou Miles Davis consacrer un album à Duke Ellington ? Ecoutez la version de Deadline de Steve Lacy en duo avec le pianiste Michael Smith (album IAI 1976) et en solo au Total Music Meeting de 1975 à Berlin sur l’album Stabs (SAJ-05) et comparez la à celle du Lacy Pool 2. Vous conviendrez qu’il s’agit d’une citation, qu’on rejoue le thème,  on brode autour, on rajoute des notes, il y a du flottement, des intentions imprécises. J’ai écouté ces plages de Lacy des dizaines de fois il y a trente quarante ans, n’ayant pas à l’époque des tonnes de disques. J’avais ces morceaux dans l’oreille et quand je les réécoute, je réalise que je les connais par cœur. Idem avec le Trickles, jadis enregistré avec Roswell Rudd, Kent Carter et Beaver Harris dans l’album du même nom. Et donc ici, je trouve que ce n’est pas çà du tout. Ce qui m’intéresse, ce sont des musiciens qui ont quelque chose de très personnel à dire et qui jouent ce qu’ils font le mieux. Et qu’ils soient des artistes uniques et originaux contribuant à enrichir le message de l’improvisation et de la création musicale instantanée, sans arrière-pensée. Et que j’ai envie de garder le disque pour le restant de mes jours. Désolé, si mon article déplaira, mais j’aime autant écrire ce que je pense. Cela n’enlève rien au talent de ces musiciens, bien sûr, qui comptent parmi ceux qui éveillent ma curiosité !


mercredi 21 juin 2017

Des disques qu'on réécoute goutte à goutte.....

Comme vous vous en doutez , je reçois des albums de musique improvisée (ou je les achète) et je tente de les commenter / chroniquer avec des bonheurs divers... certains disques sont écoutés, voire réécoutés et ensuite j'essaye d'écrire à leur sujet selon mon point de vue, en tentant de voir ce que quelqu'un peut y trouver ....... la recherche du plaisir, la compréhension, retrouver le fil conducteur du créateur. 
Parmi ces albums écoutés, certains demeurent au creux d'une pile pour une écoute réitérée, prolongée, ressassée... 
Voici donc ces disques qu'on réécoute goutte à goutte  parmi la multitude parce qu'ils sont superbes de bout en bout, rien à jeter, parce que l'improvisation coule de source et qu'un compositeur expérimenté n'aurait pas mieux fait ... Rien à voir avec la fameuse notoriété : il faut réaliser qu'en 2017, un bon nombre d'improvisateurs libres ont atteint le degré d'excellence des grands maîtres pionniers et que nombre de ceux-ci disparaissent (Derek Bailey, John Stevens, Steve Lacy, Lol Coxhill, Paul Rutherford, Bill Dixon) ou s'usent en deçà de leurs meilleures années. Il y a lieu de découvrir, faire découvrir, reconnaître, faire l'effort d'écouter, se plonger comme aux premiers jours lorsque je ramenais un disque Incus ou Ictus à la maison il y a plus de 40 ans.
Aussi, il s'agit d'improvisations libres dans différents registres, alors que le sujet de mes chroniques jouent parfois à saute-moutons avec les genres de musiques .... diversité, originalité, instrumentation, plaisir de l'écoute, sans ordre de préférence ni hiérarchie...

Donc : Lucca and Bologna Concerts Szilàrd Mezei & Nicola Guazzaloca  Amirani AMRN 050
Birgit Ulher Proportions Audition Records (art26)
The Art of Perelman Shipp Volume 6 : Saturn. Ivo Perelman & Matthew Shipp Leo Records LRCD 786
Sceneries Christoph Erb & Frantz Loriot Creative Sources CS 356 CD
Tie The Stone To The Wheel  Evan Parker & Seymour Wright Fataka 12.
Chelonoidis Nigra IKB Creative Sources CS 345 CD
Wire and Sparks Strike Jon Rose Clayton Thomas Mike Majkowski Monotype Rec monolp014
Simon H Fell Le Bruit de la Musique Confront Records ccs 70
Spielä  PaPaJo Paul Hubweber Paul Lovens John Edwards Creative Sources CS 340 CD
Light air still gets dark Isabelle Duthoit Alex Frangenheim Roger Turner Creative Sources CS 398CD
Ensemble : Densités 2008 Chris Burn John Butcher Simon H.Fell Christof Kurzmann Lê Quan Ninh Bruce’s Fingers BF 135
The Octopus Subzo{o}ne Nathan Bontrager Elisabeth Coudoux Nora Krahl Hugues Vincent Leo records CD LR 770
The Spirit Guide Urs Leimgruber & Roger Turner Creative Works.
The Cerkno Concert Daunik Lazro & Joe Mc Phee Klopotec/ Sazas IZK CD 044
Malcolm Goldstein & the Ratchet Orchestra Soweto Stomp Mode 291
Musica in Camera : Quatuor d’Occasion Malcolm Goldstein Josh Zubot Jean René Emilie Girard Charest & records &22.
discoveries on tracker action organ Veryan Weston Emanem 5044
Marguerite d’Or Pâle Sophie Agnel & Daunik Lazro  FOU Records FR-CD21
L’écorce et la salive Christiane Bopp & Jean-Luc Petit Fou Records FR-CD19
Raw Harald Kimmig Daniel Studer Alfred Zimmerlin & John Butcher Leo records LRCD 766
Chant Nuova Camerata : Pedro Carneiro Carlos Zingaro Joao Camoes Ulrich Mitzlaff  Miguel Leiria Pereira improvising beings ib50
Rotations  sequoia : Antonio Borghini Meinrad Kneer Klaus Kürvers Miles Perkin evil rabbit 21.
Benedict Taylor Solo viola Pugilism Subverten A Purposeless Play Subverten 
Michel Doneda  Fred Frith  Vandoeuvre 1440
eXcavations Thea Farhadian & Klaus Kürvers Black Copper 002
Daunik Lazro Joëlle Léandre Georges Lewis Enfances à Dunois le 8 janvier 1984 Fou Records FR-CD 18
Chamber 4 Marcelo Dos Reis Luis Vicente Théo Ceccaldi Valentin Ceccaldi FMR CD393-0615
Duck Baker Outside Emanem 5041
Dieci Ensemble   Eugenio Sanna Maurizio Costantini Cristina Abati Edoardo Ricci  Guy Frank Pellerin Stefano Bartolini Marco Baldini Giuliano Tremea Stefano Bambini Andrea Di Sacco Setola di Maiale SM 3100

Harri Sjöström Gianni Mimmo Alison Blunt Achim Kaufmann Veli Kujala Ignaz Schick/ Birgit Ulher / Szilárd Mezei Nicolà Guazzaloca/ Yoko Miura Gianni Mimmo Ove Volquartz / Angelica V. Salvi Miguel Carvalhais Nuno Torres Marcelo dos Reis João Pais Filipe


Sestetto Internationale : Aural Vertigo The Helsinki & Turku Concerts Finland tour 2015 Harri Sjöström Gianni Mimmo Alison Blunt Achim Kaufmann Veli Kujala Ignaz Schick Amirani Records 049

Le saxophoniste soprano Italien Gianni Mimmo nous donne régulièrement rendez-vous sur son label Amirani pour des réalisations qui sortent de l’ordinaire de la musique improvisée et aux quelles il participe activement. Ce Sextette International a été rassemblé à l’initiative de son alter-ego au sax soprano, le finlandais Harri Sjöström avec qui il avait enregistré un superbe album en duo sur le même label (live at Bauchhund). On peut sincèrement admirer la vision musicale de Sjöström car cet orchestre atypique est complexe à manœuvrer. Et la réussite est au rendez-vous avec deux très longues improvisations collectives de plus d’une demi-heure lors de concerts finlandais. La présence des deux saxophones soprano d’ Harri Sjöström et Gianni Mimmo, et du violon d’Alison Blunt dans un registre de hauteur identique  en combinaison avec deux instruments harmoniques, le piano d’Achim Kaufmann et de l’accordéon de Veli Kujala se révèle d’une richesse insoupçonnée à laquelle les dérapages soniques d’Ignaz Schick aux platines trafiquées apportent ce qu’il faut de sel sur la queue. Profitant de la proximité sonore des instruments, l’accordéoniste ne se privant pas de solliciter un registre voisin des trois autres, les musiciens jouent sur des écarts microtonaux subtils et des effets de miroitement surprenants, certes, mais qui renforce surtout le feeling de profonde intimité de la musique. Les glissandi millimétrés et savants (mais spontanés !) de la violoniste et de l’accordéoniste colorent l’ensemble et fascinent. Le vis-à-vis statique des deux saxophonistes soprano s’enchaîne à des mouvements en boucle de l’accordéon et des extensions sonores imprévisibles de Schick, lequel a une sacrée oreille, étant lui-même un solide saxophoniste alto.  Et donc, cette démarche improvisée libre qu’on peut qualifier de « free » free-jazz  est rendue très pertinente par cette orchestration peu commune et la conscience élevée de l’enjeu partagée par chacun. Notez bien, j’entends par free free-jazz, ce free-jazz librement improvisé sans thèmes et compositions mais qui tend à construire spontanément une forme assimilée à une composition sur la durée de l’improvisation collective. Ici, celle-ci se diversifie et s’étage en sous-groupes (duo, trio, quartet) mettant les voix de chaque protagoniste en relation directe avec celle des autres, supprimant une quelconque hiérarchie au sein de l’ensemble et créant un parcours qui épouse des affects et des dynamiques variées, contrastées ou complémentaires, qui vont de la raréfaction au bord du silence à l’emphase en passant par d’intenses échanges renouvelés ou enchaînés avec le plus grand bonheur. C’est très remarquable et, même si le travail sonique ne semble pas aussi radical que celui des  Gunther Christmann, Derek Bailey, AMM ou Hugh Davies, Doneda ou le trio Demierre / Leimgruber /Philips, cette véritable réussite devrait sûrement passionner les afficionados pour la substance musicale considérable de ce Sestetto Internationale, lequel aurait mérité d’être baptisé de manière plus originale à l’instar de leur splendide musique, originale de bout en bout.

Birgit Ulher Proportions Audition Records art 026 – download

https://auditionrecords.bandcamp.com/album/art026-birgit-ulher-proportions 
Avec des artistes comme Phil Minton, Michel Doneda, Roger Turner, Jacques Demierre, Franz Hautzinger, Gino Robair, Paul Hubweber, la trompettiste hambourgeoise Birgit Ulher est une improvisatrice radicale dont il faut suivre le travail à la trace. Œuvre solo dédiée à l’espace d’une pièce dont la musicienne se propose d’en mesurer les dimensions / proportions en jouant ces compositions sonores :  "The measurement of walls, doors and windows — hence the time score and the representation of sound spanning the space of an empty room —, in which the real silence doesn't exist."  Proportions 1 & 2 , qu’on peut entendre ici : https://auditionrecords.bandcamp.com/album/art026-birgit-ulher-proportions sonnent comme de véritables sculptures sonores créées en juxtaposant et connectant les extraordinaires sonorités – effets de timbres – bruissements – contorsions de la colonne d’air dans une structure qui s’apparente autant à un travail graphique – couleurs – maculations – grisailles – grattages – émulsions d’imaginaires plaques sensibles. Elle se sert d’ailleurs de fines plaques métalliques en vibration/ percussion contre la surface des sourdines ou du pavillon de l’instrument… Bien sûr la technique d’enregistrement est très rapprochée, amplifiant à l’excès les détails, faisant cracher et crevasser les décibels comme si des gaz rares et des liquides fumants s’échappaient de tuyaux d’une curieuse machinerie d’un laboratoire chimique improbable… Birgit Ulher a publié de nombreux enregistrements dont j’ai essayé de vous relater l’originalité et la transcendance. Comme dans ses oeuvres précédentes, elle va encore plus fort, plus loin, et cultive son empreinte sonore unique. Fascinant !  Un disque qu'on réécoute goutte à goutte 


Lucca and Bologna concerts  Szilárd Mezei Nicolà Guazzaloca Amirani AMRN050

Pour fêter leur cinquantième numéro, l’équipe d’Amirani Records, ne pouvait choisir un meilleur album mettant en valeur le talent profond d’improvisateur de son graphiste attitré, le pianiste Nicolà Guazzaloca. Ces 15/20 dernières années, nous avons assisté à l’émergence d’une génération d’altistes (violonistes ALTO) d’exception  et à son affirmation dans la scène de l’improvisation : Mat Maneri, Charlotte Hug, Szilard Mezei, Benedict Taylor. Nicolà Guazzaloca et Szilard Mezei ont déjà pas mal joué et enregistré en trio avec le saxophoniste Tim Trevor-Briscoe. Et donc, l’irruption de ce fantastique album en duo vient merveilleusement à point pour réveiller notre assoupissement estival (sec et très chaud ici en Belgique) face à la morosité créative. À la fois virtuose question clavier et investi à fond dans la microtonalité question alto, le dialogue navigue entre des eaux moirées intimistes et la crête de vagues puissantes activées par les éléments déchaînés. Les séquences exploratives, une main dans les cordes du piano et l’autre pinçant celles de l’alto, questionnent, réitèrent, énoncent en cherchant des sons inusités, l’archet étirant les commas et la pâte sonore… Le pianiste y joue aussi de l’accordéon de manière étonnante ! L’altiste, lui, a une conception tout aussi étonnante de la polymodalité...  Contrastes, similitudes, échappées, contorsions, à pleines mains ou du bout des doigts, vous avez ici affaire à une pluralité de jeux, de timbres, de questions, de tentatives de réponses, de propositions renouvelées, de conclusions oniriques….. Leur sens aiguisé de la recherche prolonge avec une grande honnêteté tous les acquits de leur collaboration passée et la sublime ! Sublime !!


Un disque qu'on réécoute goutte à goutte .... 

Air Current Yoko Miura Gianni Mimmo Ove Volquartz Setola di Maiale SM 3330

Très belle rencontre improvisée dans le registre « free » free-jazz entre la pianiste japonaise Yoko Miura, le clarinettiste basse germanique Ove Volquartz et le saxophoniste soprano italien Gianni Mimmo. Yoko Miura délimite un territoire en forme de haïku  en variant la dynamique et laissant l’espace aux deux souffleurs qui s’introduisent avec précaution sotto voce par dessus ses doigtés de fée. Miura crée son improvisation en variant ses cellules mélodico-rythmiques réitérées en manœuvrant les intervalles, les intensités du toucher, les couleurs, obligeant Mimmo et Volquartz à définir leur cheminement tout en laissant ouvertes les options. La qualité du timbre des souffleurs est exquise et s’apparente à une musique de chambre vingtiémiste qui finit par s’intensifier. Il y a une certaine langueur que d’aucuns qualifierait de conventionnelle, mais qui n’est pas dénuée de musicalité. Ove Volquartz a trouvé une voie tout-à-fait personnelle à la clarinette basse empreinte d’un lyrisme subtil et suave et avec une coloration homogène sur tout le registre de l’instrument. Son style et sa sonorité sont immédiatement reconnaissables. Quant à Gianni Mimmo, son rapport intime à la musique de Steve Lacy se transforme ici vers un mode de jeu plus personnel à travers des cycles de notes étirées et tortueuses qui finissent par épouser les cadences et les voicings de Yoko Miura. Le troisième morceau, the Way the wind blows – 17’ voit le trio décoller dans une belle communion et des entrelacs de phrases, de semi-silences, de questions – réponses vivaces et bien senties ou éthérées sans se départir de l’esprit chambriste du projet. La capacité d’improvisation mélodique et rythmique des trois musiciens est tout-à-fait remarquable, pleine de nuances, ainsi que leur recherche instantanée pour transformer les équilibres et la géométrie du trio au fil de l’improvisation. L’excellence de ce dernier morceau valait bien l’effort de se plonger dans la mise en bouche un peu réservée des deux premiers morceaux Silence (18:30) et Cada Dia Mejor (7:16). Pour résumer, une belle expérience de cohabitation créative de trois personnalités aux univers différents qui se révèle aboutie et concluante au fil des morceaux, l’enregistrement rendant compte des tentatives réitérées pour « faire avancer la musique» entre chacun d’eux jusqu’à ce que trio tourne à plein régime et atteigne l’état de grâce.

Pedra Contida Amethyst : Angelica V. Salvi Miguel Carvalhais Nuno Torres Marcelo dos Reis João Pais Filipe FMR CD445-0217

Pedra contida : la pierre contenue dans  chacun des cinq compositions de cette enregistrement est tour à tour Scree, Chalk, Agate, Obsidian, Touchstone. A mi-chemin entre une musique improvisée exploratoire, des ambiances répétitives et quelques débordements free –jazz tempérés. On relève la harpe d’Angelica Salvi pilotant des boucles, le sax détimbré de Nuno Torres zigzagant, la guitare bruissante et insistante de Marcelo dos Reis, les percussions aérées et vibrantes de João Pais Filipe et le computer de Miguel Carvalhais se faufilant dans les ramifications. L’orientation et les éléments de la musique d’Amethyst sont multiples et composites : les musiciens tentent avec bonheur de créer un univers original, hybride, dynamique et parfois minimaliste. Chaque composition suit sa logique propre et des pratiques différentes s’intègrent dans le projet collectif avec une grande clarté en suivant forme de plan d’action préexistant. Les techniques alternatives sont sollicitées fréquemment par le guitariste Marcelo dos Reis qui se distingue dans ce contexte alors que le saxophoniste Nuno Torres, connu pour son travail réductionniste sonore avec Ernesto Rodrigues, nous sert des phrasés lyriques légèrement décalés. Sans pour autant faire de concessions, les musiciens proposent une musique qui puisse être jouée face à un public qui s’ouvre à ce genre de musiques expérimentales radicales tout en maintenant des points de repère situables, voire redondants, comme une sorte de mise en situation. Un bon travail super bien réalisé.

mercredi 14 juin 2017

François Tusquès/ Ivo Perelman Matthew Shipp/Neil Metcalfe Adrian Northover Dan Thompson John Edwards Marcello Magliocchi/ João Pedro Viegas Guy-Frank Pellerin Silvia Corda Adriano Orrù/


The Art of Perelman Shipp Volume 6 : Saturn. Ivo Perelman Matthew Shipp Leo Records LR CD 786

Commencée avec une relative délicatesse entre le jeu franc mais étiré du saxophoniste et les exquises mignardises au clavier du pianiste, cette énième rencontre – dialogue du Brésilien et du New-Yorkais augure avec bonheur les moments magiques qui traversent ce duo total. Ivo Perelman et Matthew Shipp incarnent à eux deux toute la plénitude de l’acte de jouer ensemble l’un pour l’autre. Leurs musiques individuelles se fondent totalement l’une dans l’autre dans un dialogue exceptionnellement riche, fécond et inventif. Ils nous ont déjà laissé de nombreux témoignages, en duo (Complementary Colours, et les deux double albums Corpo et  Callas) en trio ou quartet avec les percussionnistes Gerard Cleaver et Whit Dickey et les bassistes Michael Bisio, Joe Morris et William Parker, etc… et on rechercherait en vain la redondance. Ils jouent comme au premier ou au dernier jour, renouvelant entièrement leurs jeux, leurs créations mélodiques, l’empathie infinie de leurs poèmes sonores. C’est la quintessence du jazz sous son jour tranchant, vécu, idéaliste, sans concession qui répond sans faiblir aux exigences formelles et éthiques de l’improvisation libre « collective » des Derek Bailey, Evan Parker, John Stevens et Fred Van Hove de l’époque ascendante. Foin de hiérarchie, de soliste, d’accompagnateur, de leader etc… Et la poésie… Dans le souffle d’Ivo, on sent vibrer le lyrisme des grands anciens (Ben Webster, Don Byas), le chant puissant des harmoniques qu’il étire et fait chanter comme lui seul sait le faire. Entre les notes du système tonal, Ivo Perelman nous fait découvrir un univers « microtonal » fascinant : l’écart entre chacune d’elles est étiré, transformé dans des variations intimement personnelles, uniques, immédiatement reconnaissables. Il fait courber les harmoniques dans des volutes raffinées, le timbre suraigu chante littéralement, comme une voix magique, imitant à ravir la corde aiguë du violon. Le pianiste invente un jeu qui s’écarte des voies du piano jazz conventionnel tout en sollicitant le vécu universel de l’instrument en faisant confluer de larges mouvements consonants avec des phases exploratoires, atonales : lyrisme un brin austère et ascèse lucide. Instant composition, terme on ne peut mieux choisi pour décrire cette construction musicale vivante et assumée. Ils inventent spontanément (ou recyclent) de multiples procédés qui leur permettent de maintenir l’intérêt et l’attention de l’auditeur au fil des morceaux, des albums et d’un recueil à l’autre.  Les autres volumes de The Art of Perelman Shipp consacrés aux satellites  de la planète Saturne (!) sont tout aussi requérants et essentiels au point que, méritant chacun une chronique en bonne et due forme, les opus du duo deviennent un véritable problème créatif d’écriture pour qui comme moi, se sent tenu à en relater leurs existences et leurs essences par le menu.  Et voilà que s’annoncent les doubles cédés de leur toute récente tournée européenne dont un concert monumental à Bruxelles (L’Archiduc) auquel j’ai assisté.
Pour plus de détails quant à leur musique, veuillez-vous référer à mes précédentes chroniques du duo. Il est assez difficile de se réécrire aussi bien que ces deux - là savent se rejouer sans redite......


Five The Runcible Quintet Neil Metcalfe Adrian Northover Dan Thompson John Edwards Marcello Magliocchi FMR


Free – music volatile par un quintet vif argent : haut perchés et étirant le souffle entre les notes, la flûte baroque de Neil Metcalfe et le sax soprano d’Adrian Northover, bruissante et arachnéenne, la guitare acoustique de Daniel Thompson, frottée de manière incisive et avec plénitude, la contrebasse de John Edwards, agitée et frappée sous tous les angles, la percussion libérée de Marcello Magliocchi. Personnalité incontournable de la percussion en Italie, avec derrière lui une belle carrière de batteur de jazz, Marcello Magliocchi s’épanouit en Grande Bretagne en compagnie du saxophoniste chercheur Adrian Northover, un pilier notoire du London Improvisors Orchestra qui vit de sa musique dans plusieurs démarches musicales qui vont du jazz (projets basés sur la musique de Mingus et celle de Monk), au « cross-ethnic » en passant par les inclassables Remote Viewers. Un autre acolyte, le guitariste Daniel Thompson qui fait équipe avec le clarinettiste Tom Jackson et l’altiste Benedict Taylor au sein de CRAM. Il joue et enregistre fréquemment avec le flûtiste Neil Metcalfe. Northover ayant tourné durant des années dans toute l’Europe avec John Edwards au sein de B-Shops For The Poor avant que le contrebassiste ne soit révélé aux côtés d’Evan Parker et de Veryan Weston, quoi de plus naturel d’appeler son camarade pour ajouter des fondations boisées pour équilibrer le groupe en un quintet. Deux cordes, deux vents et une percussion. Les instrumentistes tissent des relations individuelles séparément et collectivement avec chacun d’eux, créent de courts mouvements tour à tour contrastés, complémentaires, enchaînés, lyriques, hyper-actifs, délicats, pastoraux, coordonnent leurs élans et leurs silences. Ils jouent à cinq, à quatre, à trois, à deux, s’invitant mutuellement à partager l’espace et le temps. Chacun d’eux à sa spécificité : on pense aux notes étirées du flûtiste qui trouve un écho chez le saxophoniste. Ou au percussionniste qui use une variété confondante de frappes, grattages, chocs, frottements, secouages, vibrations métalliques à l’archet. Les grondements moirés de la contrebasse se distinguent dans les taillis et s’élèvent entre les souffles. Même si la vitesse est une caractéristique de cette musique, ils jouent tout autant au ralenti en travaillant le son, la note, la phrase et les échanges les plus divers avec sérénité. Un rien suffit à faire sens. Un très bel exemple de collaboration spontanée intégrant magnifiquement cinq personnalités de l’improvisation dans un flux ludique, poétique qu’il faut écouter tout au long avec la plus grande attention pour pouvoir saisir pleinement le fond de leurs pensées.


For Massas João Pedro Viegas Guy-Frank Pellerin Silvia Corda Adriano Orrù Pan y Rosas discos PYR 213.
Dédié à un des auditeurs parmi les plus enthousiastes et les plus fidèles de la scène improvisée – jazz d’avant garde Lisboète récemment disparu et surnommé « Massas », ces quatre pièces enregistrées à la librairie Ler Devagar en 2015 documentent une rencontre entre les souffles du clarinettiste portugais João Pedro Viegas et du saxophoniste français Guy-Frank Pellerin et le tandem piano-contrebasse des sardes Silvia Corda et Adriano Orrù. La musique, librement improvisée, se situe dans ce no man’s land vers lequel ont dérivé le free d’après la New Thing et la musique contemporaine oublieuse de ses origines. Viegas sollicite les harmoniques de la clarinette basse et Pellerin des phrasés tordus au saxophone ténor. Les souffleurs font râler la colonne d’air, étirent les notes, éclatent les harmoniques, passent du grasseyant à l’acide. Les doigts de la pianiste égrènent des enchaînements de notes savamment assonantes avec des touchers aux dynamiques changeantes soutenus par les vibrations de la contrebasse ou font vibrer les cordages. Les musiciens cherchent à saisir l’instant, à le laisser vivre, à le questionner, évitent les certitudes en laissant flotter l’aléatoire. Le silence et le son affleurent intimement mêlés, la musique se crée par l’écoute, la recherche sonore,  la vocalité des souffles, la complémentarité dissemblable. Le contrebassiste explore un moment le timbre boisé en solitaire, rejoint ensuite par les morsures qui font grésiller la colonne d’air de la clarinette basse. La prise de son relative laisse filtrer l’engagement de chacun à travers les occurrences du jeu collectif et l’absence de virtuosisme. Une dérive poétique et un bon exemple de musique honnête. 

Avant - Derniers Blues François Tusquès improvising beings 60 
Il faut vraiment ne rien craindre pour intituler un double-album de piano solo, Avant-Derniers Blues et des titres aussi tapés que Brûle, Brûle, Brûle, Mélomodie, En pièces détachées, A la prochaine, Bœuf en Retard sans oublier l’évocation de Jimmy Yancey et le 13ème doigt de Bud Powell. Sur la pochette, la couverture colorée du Monde du Douanier Rousseau. Tout un programme. Et pourtant, à les écouter un par un ses vingt-cinq solos pétris de blues, on se convainc petit à petit que François Tusquès qui fut le chantre du free-jazz il y a une cinquantaine d’années, puisse être aussi empreint d’une tradition pianistique issue du blues au point de l’incarner. Une empreinte profonde, vivante, sereine, heureuse et désabusée, éternelle… Le Blues, il va le chercher en faisant résonner les notes les unes avec ou contre les autres d’une manière indubitable : la quintessence… celle qui se loge aux creux des mélodies et des accents, dans la jointure des mesures, dans la résonance... Sans afféterie, ni tambour ni trompette. Dans chacune des compositions qui peuplent ce magnifique double album, on retrouve cette sérénité, ce jeu à la fois plein et réservé, disséquant les intervalles magiques du blues en toute simplicité. Point de fanfare, d’allégresse et de pathos, de pianisme maniériste. Brûle Brûle du compact 2 évoque Monk durant 16 minutes d’anthologie pour clôturer l’album en beauté avant un Espace Luigi Nono et le der de der, le clin d’œil facétieux d’À la prochaine.  Un autre morceau, fait songer à Paul Bley, entrevu comme dans un rêve. Ailleurs, une réminescence du bop premier, une rumination obsessionnelle réitérative du poncif du blues qu’il sublime en le réincarnant comme par miracle. Merveilleux. Sans se prendre au sérieux, ni jouer à l’important, François Tusquès nous salue avec un très bel hommage au blues – tel qu’il le vit – qui se cache quelque part entre les touches blanches et noires de son piano. Une musique intime où miroitent les fondements du blues, cette plainte quasi irréelle qui survient entre chaque note jouée.