dimanche 21 septembre 2014

16/11 Cellule 133A Michel Doneda - Kostas Tatsakis + Guy Strale - Jean Demey - Mike Goyvaerts


mercredi 17 septembre 2014

700 on Leo Daniel Thompson Tom Jackson Roland Ramanan Ivo Perelman Matt Shipp Paul Dunmall Tony Bianco Paul Rogers Mark Sanders


Zubeneschamali  Daniel Thompson Tom Jackson Roland Ramanan  Leo Records LR CD 700

Cette fois Leo Records a consacré son 700ème album à des artistes londoniens de la troisième et quatrième génération, alors que le label a des Braxton, Léandre, Maneri, Perelman, Gratkowski, Nabatov  et une ribambelle de Russes , Baltes etc…  Masis on ne peut pas toujours écouter les mêmes valeurs sûres ( héros, têtes de file, vedettes…). Roland Ramanan est un trompettiste remarquable  dont Emanem a produit deux albums de « jazz libre » en compagnie du batteur Mark Sanders,  du contrebassiste Simon H Fell et du violoncelliste Marcio Mattos  (Shaken et Cesura) , excusez du peu.  Il est, depuis le début, un pilier essentiel du London Improvisers Orchestra qui a rassemblé et rassemble encore un véritable who’s who de la scène radicale improvisée londonienne depuis 1999. Son excellent Tentet publié par Leo Records (LR  556) et qui comprenait Tony Marsh Alex Ward Robert Jarvis Dom Lash Simon Rose Javier Carmona Marcio Mattos Ian Smith et Ricardo Tejero ne laissait pas préjuger de son attirance pour la liberté intégrale , librement improvisée. Roland Ramanan a trouvé chez ses « cadets », le guitariste acoustique Daniel Thompson  et le clarinettiste Tom Jackson, une entente parfaite pour développer une musique de chambre libertaire faite de nuances , de couleurs et de traits tous azymuths. Dans la scène londonienne actuelle, Daniel  Thompson se révèle être un animateur  activiste de premier plan à travers les concerts qu’il organise dans les lieux plus excentrés que la partie Nord Est où se situent le café Oto, le New Vortex à Dalston – Hackney  et la Stoke Newington High Street . On l’a vu programmer les concerts à la Shoreditch Church à proximité de la City ou dans l’extrême Est ,  accessible par le nouveau métro aérien ( Arch One). C’est maintenant à Foley Street dans le lointain Ouest qu’il officie essayant d’étendre la toile de l’impro libre dabs cette ville grouillante.  Dans la mouvance de Daniel , on compte quelques musiciens vraiment passionnants parmi lesquels le violoniste alto Benedict  Taylor et le clarinettiste Tom Jackson dont le disque Songs for Baldly Lit Rooms est un des meilleurs duos improvisés « British Made » jamais enregistrés ( Incus Emanem Bead Ogun Matchless etc..).  Sans aucune exagération de ma part. Et donc ce beau trio est plus qu’une tentative. Daniel Thompson est en train de construire un univers personnel à l’écart des John Russell Roger Smith etc… dans une dimension collective. La guitare n’est pas un instrument facile et depuis qu’il s’est jeté à l’eau son évolution est concluante. Quant à Tom Jackson, il est devenu un clarinettiste de premier plan comme son collègue Alex Ward ou le français Xavier Charles. Et surtout, ce qui me réjouit ici c’est cette qualité d’écoute , cette construction collective qui échappe autant à l’univers régit par les valeurs / balises du jazz libre, au paramétrage « musique contemporaine XXème ou à la sacro-sainte vulgate « non-idiomatique » pour pigiste à la cuiller à pot ainsi qu’à tout genre musical qu’on veut définir.
Donc, voici un beau document qui met  en valeur le travail collectif au bénéfice de chaque individu. Pour y arriver, ils exploitent une excellente recette : chercher en soi-même ce qu’il y a de meilleur à offrir dans le moment même en utilisant toutes leurs ressources musicales et instrumentales et sans essayer de prouver quoi que ce soit.  Cela commence par un thème presque swinguant  lancé spontanément par le trompettiste et qui rebondit sur les phrasés aux intervalles disjoints de la guitare traitée comme une percussion libérée. Le clarinettiste a embouché la clarinette basse et s’en sert comme pivot harmonique / contrepoint affolé. Roland Ramanan ne se contente pas d’enfiler des chapelets de note mais phrase réellement avec un véritable lyrisme et un beau contrôle du son sur des intervalles inusités. C’est un trompettiste original, ce qui est assez logique, avec des collègues comme Harry Beckett, Kenny Wheeler, Henry Lowther et Ian Smith en ville, ça doit vous donner des idées.  Si vous ne comprenez pas ce que je viens d’écrire à propos de « phraser », un souffleur de haute volée et honnête vous l’expliquera. En plus c’est vraiment beau. Les 12 morceaux portent chacun des noms de constellations étoilées et développent des idées différentes au fil de la session.  La contribution personnelle de chaque personnalité et leurs différences s’interpénètrent avec une réelle bonne volonté assumée : Ramanan a eu une pratique du jazz contemporain confrontée à l’impro libre, Thomson fut un élève de John Russel l et a trouvé sa voie personnelle et Jackson a un parcours contemporain qui n’ignore pas le jazz. Ici sa contribution à la clarinette basse n’atteint pas les sommets instrumentaux d’un Jacques Foschia ou d’un Rudi Mahall mais apporte un son empreint d’une réelle corporalité et une couleur qui entre parfaitement dans l’univers du trio. Thompson trace ses arabesques décomposées sur  le découpage rythmique envoyé par Ramanan, en assument son style écartelé et cela fonctionne.  Non content d’établir un son de groupe, chaque musicien s’échine à le subvertir dans une ou deux pièces à l’allure minimaliste ou bruitiste. Au final, une belle expérience et comme je ne connais pas d’album avec guitare acoustique, trompette et clarinette qui poursuive un réel aboutissement de ce genre, ce Zubenschamali figurera en bonne place dans ma liste des bons albums de 2013-2014-2015. Un très beau numéro 700 pour Leo Records.

Ivo Perelman The Other Edge Matthew Shipp Michael Bisio Whit Dickey Leo Records LR 699

Leo Records aurait pu programmer ce disque-ci, The Other Edge, au numéro 700 de leur extraordinaire catalogue. Leo Feigin a été chic, il a laissé la place à ces musiciens britanniques que beaucoup ne connaissent pas encore(cfr chronique plus haut). Mais voilà, c’est le numéro 699 pour Perelman et son équipe ! Et quel numéro de lotterie ! Ivo Perelman est aujourd’hui un des saxophonistes ténor les plus attachants, les plus sensuels, avec une pratique tournée vers la libre improvisation d’essence jazz. Donc pas de thèmes, de rythmiques pré-établies, de solos etc… Sa musique en groupe, comme tous les duos , trios et quartets qu’il enregistre ( à la pelle, profitez-en) pour Leo est créée dans l’instant, sans fixer quoi que ce soit à l’avance, et basée sur l’écoute mutuelle, intuitive. Ses albums présentent chaque fois une nouvelle congrégation de ses fidèles, le pianiste Matthew Shipp, les batteurs Gerald Cleaver ou Whit Dickey, les bassistes William Parker, Joe Morris (aussi guitariste) ou Michaël Bisio. Cette session de janvier 2014 vient à la suite d’autres sessions très souvent réussies, et comme les précédentes, elle se concentre sur la qualité d’un dialogue intimiste, subtil où le saxophoniste sollicite la microtonalité de manière aussi authentique que feu Lol Coxhill et Joe Maneri. Je pense sincèrement que Perelman est un souffleur aussi singulier que peut l'être Roscoe Mitchell. Son phrasé, ses inflexions, son entêtement mélodique, son « système » se détachent entièrement de la vulgate du jazz-libre. Je vais pas faire de comparaisons avec d’autres artistes nommément, car c’est un procédé indigne des efforts consentis par ces combattants de la liberté musicale et du partage. Mais on ne risque pas beaucoup en déclarant qu’une telle originalité au saxophone se compte sur les doigts d’une main par décennie de l’évolution du jazz libre. Apparu dans les années nonante, Ivo Perelman s’était distingué par un expressionnisme exacerbé, tout en étant subtil et musical, et dont le paroxysme a été atteint dans l’inoubliable For Helen F de son Double Trio sur le label Boxholder ( Gerry Hemingway et Jay Rosen, Mark Dresser et Dominic Duval).  Soit une situation où ses collègues bassistes et contrebassistes le propulsent  en tant que souffleur soliste, cracheur de feu. Très rarement un souffleur a rallumé aussi bien la flamme d'Albert Ayler en personne. Depuis lors, son travail a évolué et s'est focalisé sur un dialogue, une conversation à trois ou quatre, où chaque instrumentiste surpasse les rôles respectifs d’accompagnateurs et de solistes vers plus d’égalité. Une démarche naturelle et logique voisine de celles des Evan Parker, Paul Lytton, John Stevens, Paul Rutherford et compagnie. Les structures créées spontanément transitent entre liberté totale assumée et déconstruite et des cadences rythmiques trouvées dans l’émotion de l’instant, produit ludique de l’improvisation collective, sans aucun calcul. Matthew Shipp est un pianiste extraordinaire avec une technique superlative et un énorme bagage musical. Avec Perelman, il fait presque oublier tout cela, car ce qui compte ici par-dessus tout est l‘émotion, la beauté fugitive, la spontanéité. Et l'équilibre de l'édifice ! Point ne sert de trop dire , il faut savoir parler à bons escient. L'art de la conversation en quelque sorte. Whit Dickey joue avec un drive impressionnant et une lisibilité maximale. Son foisonnement bien découpé reste translucide et révèle le superbe jeu de contrebasse de Michael Bisio et les nuances du toucher du pianiste. Le free-jazz peut se révéler être une musique à clichés et c’est bien tout l’intérêt, le charme et la beauté irrévocable des groupes d’Ivo Perelman. Ils incarnent l’essence de l’improvisation collective radicale dans l’univers du jazz afro-américain libéré. Un vrai plaisir.

Paul Dunmall Tony Bianco Spirits Past and Future Duns Limited Edition 062

Au ténor et au saxello (héritage de son ami Elton Dean), Paul Dunmall partage une nouvelle fois cet enregistrement de décembre 2007 avec le batteur polyrythmicien Tony Bianco. Le morceau titre Spirits Past and Future s’écoule durant cinquante minutes de pur bonheur intense « à-la- Coltrane & Rashied Ali dans  Interstellar Space. On va me dire que ce sont des vieilleries pour nostalgiques du « free-jazz ». Soyons sérieux, il n’y a pas dix saxophonistes ténor comme Paul Dunmall qui maîtrise toutes les facettes possibles du « post Coltranisme » et l’instrument en tant que tel comme notre héros à tous nous a quitté sans avoir trouvé beaucoup de challengers à sa suite, on se réjouira de pouvoir l’écouter  dans les infinies variations entièrement improvisées des dédales harmoniques et du travail du son. Les harmoniques encore , mais ce vocable désigne ici le son produit au-dessus de la tessiture normale en soufflant plus fort. Cette technique semble accidentelle et parfois erratiques chez de bons techniciens mais depuis Coltrane et aussi Steve Lacy, « la crème des saxophonistes ténor » jongle  avec elle ( cette technique dite des » harmoniques » ) car c ’est en fait une possibilité naturelle de l’instrument qui figurait sous forme de curiosités techniques dans les manuels. Parmi les « clients » de la descendance de Coltrane, on compte un Pharoah Sanders, un Joe Farrell, artistes qui se sont trop englués dans des projets « professionnels ». Parmi ceux qui ont gardé doit devant l’idéal exploratoire et révolutionnaire de Coltrane, on citera feu David S Ware aux USA et Evan Parker en Europe. J’ai surpris des conversations sur Face Book d’amis saxophonistes ténor incontournable et pour eux c’est clair : parmi les plus « grands saxophonistes » du « monde » , on cite un prof et Evan Parker. Evan Parker lui –même dit à ses camarades musiciens en riant dans sa barbe : Paul est le plus grand saxophoniste du monde. Son triple tonguing échevelé ne modifie jamais  le son droit durant la moindre infime fraction de seconde. Le son, les intervalles et tous les sons dans tous les intervalles à la vitesse lumière. Surtout on entend clairement qu’il improvise à 100%, ce qui n’est pas toujours le cas des pointures de l’instrument qui trustent l’intérêt des médias, en récitant des séquences prédigérées et avec une parcours quasi télécommandé. Dunmall invente ses séquences mélodiques sur le moment même et les développe avec une minutie maniaque. Dans ce Spirits Past and Future n’y a pas un recoin qui ne soit exploré , trituré, ressassé, sublimé . Incendiaire…Dès la huitième minute le son apaisé de l’intro s’est fait brûlant, hypnogène et torturé et le musicien conserve le matériau mélodique. Il enchaîne des variations sur toute la tessiture en sollicitant les harmoniques supérieures, les overtones.. en torturant de plus en plus les extrapolations des intervalles comme une armée de jongleurs. Et cela ne s’arrête.. pour ainsi dire jamais .. Je suis encore pantelant passé la vingtième et unième minute où ils se met à gémir – hurler  , choisissant quelques notes au hasard pour repartir et  conclure.. Solo de batterie à la 23ème   , polyrythmique en diable  et  prélude à un hymne jeté aux éléments… on est alors dans la transe de la sensibilité et de l’émotion dans la surenchère énergétique, flottant sur les vagues telluriques de Bianco.  Alors si vous ne l’avez pas encore écouté, Paul Dunmall, essayez de trouver cet album et vous allez tomber par terre. Il reste encore quelques copies de Spirits Past and Future, un des derniers cd’s encore disponibles du label personnel de Paul Dunmall et de Phil Gibbs, son fidèle compagnon guitariste. Cet album se concentre justement sur le sax ténor et  ayant écouté une très grande quantité de ses productions, je suis frappé de n’être jamais lassé de ses improvisations d’un disque à l’autre sur cet instrument. On peut aussi l’entendre en duo avec le batteur Miles Levin dans Miles Above, toujours disponible sur Duns. Plutôt que de créer un style « Dunmall » typé caractéristique, Paul tente avec le plus grand bonheur d’intégrer un éventail  très étendu de possibles liés aux spécificités du sax ténor et de son histoire. Des échos très denses de Trane (bien sûr) mais aussi de Wayne, Warne, Gordon, Griffin, Rollins, Evan Parker et, même, une synthèse de l’esprit de Jimmy Giuffre et de Sam Rivers dans un de ses albums sur le label FMR. Avec lui, un véritable monstre de la batterie dans une approche voisine de celle de Rashied Ali : profusion de rythmes croisés et de frappes en roulement infernal.  Tony Bianco a la capacité de jouer en 36ème de temps sans faiblir. C’est un des plus fantastique drumming free jazz qu’il est donné d’entendre. Evidemment cela va fort… et Dunmall souffle avec une puissance….  Pour conclure, une pièce de 5 minutes plus apaisée, Istah.  Un géant. Celui qui parle encore de Coltranisme, qu’il aille empester les jurys de conservatoires. Vive Dunmall et Vive Bianco !! Plus que ça tu meurs !!

Deep Whole Trio : That Deep Calling Paul Dunmall Paul Rogers Mark Sanders FMR 370-0214

Deep Whole trio est le nom du groupe constitué par Paul Dunmall, saxophoniste ténor et soprano exceptionnel, le contrebassiste à 7 cordes Paul Rogers et le percussionniste Mark Sanders. Les deux Paul faisaient partie du quartet Mujician avec Keith Tippett et le batteur Tony Levin, disparu il y a quelques années. Ce quartet moins Tippett se déclinait en un trio inoubliable immortalisé par le quadruple cd «Deep Joy » édité par Duns Limited Edition (à 100 copies) et enregistré au tournant des années 90 et 2000. Ce Deep Joy trio n’existe plus, mais voici le Deep Whole. Par rapport à Tony Bianco, un poids lourd de la batterie, Mark Sanders fait plutôt figure de poids plume. Mais quelle élasticité, quel drive tout en nerfs, soubresauts et démarrages au quart de tour, mais sans (presque) jamais interférer dans les fréquences du sax et de la contrebasse. Contrebasse ? Celle de Paul Rogers est une espèce d’hybride de la contrebasse, du violoncelle et de la viole de gambe. On se souvient de la puissance toute mingusienne de Rogers à la quatre cordes traditionnelle et de son coup d’archet supersonique. Dans le Deep Whole trio, il y a la puissance profonde, énorme et cette légèreté fluide qui permet les nuances de timbres  chères à l’improvisation britannique depuis les ateliers et gigs de John Stevens. Et donc à l’instar des trios d’Evan Parker avec Guy et Lytton ou de Schlippenbach avec Parker et Lovens, on atteint là le fin du fin de la liberté free-jazzistique assumée , celle qui a profité de l’expérience de l’improvisation libre sans se casser la tête avec le virus non-idiomatique, invention sémantique plus que réalité musicale. D’ailleurs Lovens Lytton et Parker ont été à l’avant-garde de ce mouvement et l’un n’empêche pas l’autre. Il n’y a que des imbéciles et de « moins bons » musiciens. Partagé en trois parties, cet enregistrement du 30 mai 2013 à la Lamp Tavern de Birmingham offre un excellent exemple de la pratique musicale la plus significative de Paul Dunmall avec Rogers et Sanders. FMR, SLAM et Duns Limited ont publié une quantité invraisemblable des « side projects » du saxophoniste avec Rogers  et le guitariste Philipp Gibbs, mais aussi  le flûtiste Neil Metcalfe, le batteur Tony Marsh qui lorgnent vers l’improvisation libre avec des guitaristes « à effets ». Dunmall semble ouvert à tout et aime se commettre avec des collègues jeunes et encore inconnus. Il faudrait presqu’un guide du Dunmall pour les nuls afin de s’y retrouver. Pour ceux qui veulent en savoir plus sur ce prodige du saxophone et sur cet extraordinaire trio et que l’ étendue du catalogue dunmallien effraye, voici le maître achat.
Commençant comme un disque de jazz où il établit spontanément une thématique sans même y penser  et suivi par le tandem  Sanders – Rogers qui swingue à tout va. En toute indépendance l’un de l’autre et avec une cohésion profonde. On songe à Wayne, jusqu’à ce que le rythme se fasse plus pressant, que le motif se décline et se métamorphose, se dilate, se contracte…  Très vite s’installe l’exploration d’idées qui seraient advenues lors d’un précédent concert et qui s’imposent à nouveau. L’excellence de l’enregistrement  de Chris Trent permet de goûter les nuances de la frappe de Sanders alors que Dunmall étire ces notes de ténor une à une. Un court solo mi-basse mi-cello de Rogers, permis par son instrument à cordes sympathiques, introduit un trilogue éthéré d’où surgissent des pointes de triple tonguing avec lesquelles le bassiste dialogue en pizzicato. La pâte se lève et nos trois camarades racontent l’histoire jusqu’au bout. Ensuite, Rogers plonge dans le travail à l’archet dans plusieurs dimensions, propulsé par Sanders. Là-dessus, Dunmall trace un enchaînement aussi cartésien que sensible de volutes enchevêtrées avec un son de plus en plus chaleureux. That Deep Calling s’arrête après plus de 22 minutes sans que la durée se fasse ressentir. Deuxième morceau, Can You take it est introduit par Rogers à l’archet et le bassiste développe une improvisation où différents registres sont exploités jusqu’à ce qu’un rythme naisse. Le batteur se joigne à lui tout en laissant au cordiste l’initiative de tailler des sonorités lumineuses. Dunmall reprend avec le saxello hérité d’Elton Dean et le trio crée un univers sensible en rassemblant une à une chaque note nécessaire à son improvisation tandis que Sanders martelle ses toms en sourdine. Les spirales, stries, tangentielles, dérivées s’emboîtent dans un flux charnel et ludqiue….  Des perfectionnistes de l’improvisation qui prennent tous les risques sur la durée en ne laissant rien au hasard dans le relevé du terrain arpenté par la tangente ou l'hyperbole. Je vous laisse là : avec  cette musique on oublie les jazz magazine, les campagnes de com, le blah blah des critiques et les interviews bidon dont nous assaisonne la presse musicale… Deep Whole, profond et entier …Une musique libre et fascinante.

samedi 13 septembre 2014

FOU FOU FOU Kowald Lazro Nozati / Bailey Léandre Lewis Parker / Dean Dunmall Rogers Bianco/ Perelman Maneri

Peter Kowald – Daunik Lazro – Annick Nozati instants chavirés  FOU Records FR CD 07

Groupe “de circonstance”  et rencontre de fortes personnalités  enregistré en  février 2000 à l’espace des Instants chavirés dans la banlieue parisienne  peu avant la disparition inopinée de deux d’entre eux (Nozati et Kowald), cet album “FOU” est vraiment FOU ! Personne ne s’attendait à ce que sorte un jour un témoignage aussi vivant de l’art d’ une chanteuse – actrice inoubliable, d’une véritable bête de scène, Annick Nozati et en compagnie de deux des plus purs camarades de l’improvisation totale, deux irréductibles : le saxophoniste baryton et alto Daunik Lazro , pilier incontournable de la scène hexagonale et le contrebassiste Peter Kowald, globe - trotter infatigable dont le cœur a lâché, trop tôt. L’enregistrement , réalisé par Jean-Marc Foussat,  reproduit fidèlement le développement du concert en duos et trios avec au milieu un solo absolu de la chanteuse. C’est bien le meilleur souvenir que je garderai d’elle, avec ses incroyables gesticulations , éructations et murmures en compagnie du pianiste Fred Van Hove , il y a … 30 ans à Bruxelles et ce bel album solo « La Peau des Anges » publié par Vandoeuvre.  Annick avait une voix très puissante qu’elle poussait jusqu’au cri désespéré en glissant immédiatement de l’explosion du larynx au sussurement intimiste d’une seule portée de voix. Une maîtrise supérieure de l’organe vocal et une résistance… au propre et au figuré !  Parfois , suite à l’excès durant quelques minutes enfiévrées et vécues comme si sa vie en dépendait, le timbre de sa voix se fêlait ensuite légèrement. Mais jamais on ne l’entendait lâcher le port de sa voix et le son. Un phénomène transfuge du théâtre qui ayant dû se mettre à chanter /vocaliser pour des créations dramatiques , s’est révélée être une  vraie improvisatrice , une chanteuse, une sorte de cant’actrice. . . Annick Nozati c’est plus que de la musique, qu’une «  porteuse de projet », un C.V. , une discographie etc.. C’était un être vivant qui ne s’encombrait pas de faux semblant ni de demi-mesure. On pense à  son amie Maggie Nicols avec qui elle partageait cette faconde insatiable et  un véritable sens pédagogique avec quiconque se présentait et essayait de musiquer. Bref, elle n’était pas coincée. Elle exprimait la rage et la raison, une extrême spontanéité et une réflexion profonde, le babil couineur et forcené ou  l’art du crescendo dans la nuance avec une voix qui ne devait rien à l’entraînement vocal d’un genre musical défini. Derrière la folie audacieuse, une maîtrise impressionnante, même si sa tessiture ne lui permettait pas de faire le rossignol du sol aigu. Et avec tout ça, pas de système, de schéma, de balise, rien que du pur jus, celui du peuple des marchés et des manifs. Bien sûr , je me rappelle les réflexions de collègues germaniques tâtillons et sérieux que ses débordements expressionnistes terrorisaient. Mais quelques géants de la scène improvisée étaient pleins d’admiration pour son art unique. Le pianiste Fred Van Hove (pianist number one in free improvisation) fit équipe avec elle depuis 1983 jusqu’à sa mort qui advint malheureusement cinq mois après ce gig.  Fred et Annick enregistrèrent plusieurs albums communs. En duo : Uit sur Nato (LP) et en trio avec Fred et Hannes Bauer sur les labels Amiga (LP) et FMP CD (Organo Pleno). Peter Kowald et Daunik Lazro étaient parmi ses camarades inconditionnels et, dois- je le rappeler (?),  Kowald joua un rôle primordial dans la découverte de cette autre chanteuse exceptionnelle : Sainkho Namchylak.  J’aime aussi beaucoup ce disque car on entend Daunik Lazro fragmenter des boucles à l’alto de manière super réussie et les pousser de son souffle intransigeant.  Dans le premier morceau, son baryton s’ébroue dans des harmoniques et un grain pictural reprenant le point de vue plastique sonore d’un Brötzmann de manière profondément originale, non saxophonistique.  La vie quoi !! En trio, les musiciens évoluent avec une indépendance individuelle assumée :  vitesses , débits , intentions, émotions différentes dans une véritable cohérence scénique, gestuelle, spatiale et imaginative. L’appel à l’imaginaire, au secret , à la poésie est intense. J’aime aussi ce disque parce que l’aventure d’un soir est assumée jusqu’au bout des doigts, de l’archet, du gosier et du bec. Et pour finir , je dirai que Peter Kowald  n’a jamais aussi bien joué qu’à la fin de sa carrière. Ici il crée un  véritable  espace pour laisser la voix humaine se mouvoir en toute liberté. Comme FOU vient aussi de publier un quartet de Derek Bailey Joëlle Léandre George Lewis et Evan Parker à Dunois en 1982 et des collaborations de son responsable, Jean Marc Foussat avec Joe Mc Phee, Ramon Lopez et Evan Parker, je décrète que ce label FOU est à suivre à la trace. FOU FOU FOU , FOU je vous dis ! Que vive la folie et que se taisent les rabat-joie formalistes et autres rats de conservatoire. L’art conversatoire de Nozati nous-a-dit ce qu’il fallait entendre : la VIE !!

Derek Bailey Joëlle Léandre George Lewis Evan Parker 28 rue Dunois juillet 82 Fou records CD06


Fou Fou Fou, Fou ! C’est Fou !  Voici que de façon tout à fait follement inattendue ce CD arrive dans ma boîte aux lettres en compagnie d’un autre CD tout aussi FOU,  « instants chavirés » millésimé 2000 de nos chers disparus : Peter Kowald et la cant-actrice chanteuse Annick Nozati avec notre ami Daunik Lazro aux saxophones. Je n’avais pas la moindre idée que Jean- Marc Foussat  qui suit ces musiques à la trace depuis plus de trente ans allait publier un tel trésor ( eh oui !!)
On me dira Evan Parker – Derek Bailey , on connaît pfff … , que Joëlle Léandre  est tout aussi documentée … et George Lewis nettement moins en ce qui concerne cette direction musicale, improvisée libre. Que les labels Incus , Psi, Emanem etc… ont produit ce genre d’albums à tour de bras
Soyons honnête, par rapport aux flux de cd’s de ces presque vingt dernières années, les enregistrements parus documentant l’improvisation libre radicale du début des années 80 se comptent sur les doigts d’une main par tête de pipe. Surtout des quartets ou quintets aussi généreusement homogènes. Gérard Rouy mentionne une série d’albums où nos quatre mousquetaires se croisent. Il a omis de citer l’extraordinaire duo « From Saxophone and Trombone » de Parker et Lewis publié à cette époque par Incus et réédité par Psi. Oui cet album FOU 28 Rue Dunois est FOU ! FOU , FOU , FOU !
Il nous permet d’entendre du début jusqu’à la fin une tentative de création collective totalement improvisée qui se déroule sur plus de 70 minutes dans un lieu parisien incontournable fréquenté par les afficionados de l’époque (Lê Quan Ninh, Jacques Oger, Jean-Marc Foussat). Si Parker et Bailey sont « Compatibles » (Compatible Recording and Publishing était le nom de la maison d’éditions de leur label commun Incus), l’ajout de George Lewis au trombone et surtout de Joëlle Léandre soulève plusieurs problèmes d’équilibre, de cohérence etc.. Trouver un champ commun , un partage qui dépasse le fait que des  personnalités d’envergure soient rassemblées un même soir de 1982 et soient sensées créer un chef d’œuvre.  Une communion réelle… Joëlle Léandre venait seulement de faire la rencontre de Derek Bailey et de George Lewis à New York l’année précédente et  elle commençait à s’investir dans l’improvisation libre après avoir déjà travaillé la composition contemporaine en tant qu’interprète de compositeurs tels que Cage et Scelsi , personnalités qu’elle a rencontré et fréquenté intensivement. Joëlle n’a alors pas encore les planches (expression du métier signifiant l’expérience) ni la technique ébouriffante (inégalée) de ses trois compagnons. Derek Bailey et Evan Parker font alors figure de chefs de file de l’improvisation radicale made in London mais dont l’influence et l’aura s’exporte de Berlin à Rome  et New York. Quant à George Lewis, il est considéré comme étant le tromboniste « jazz » numéro un après avoir travaillé intensivement avec Anthony Braxton dès 1976. Si elle n’a pas encore acquis l’expérience et l’aura de ses compagnons d’un soir, c’est une profonde musicienne qui sait ce qu’elle veut. On l’entend ici, ses propositions s’intègrent vraiment bien à l’ensemble, l’assemblage parfait de la spontanéité débridée et de la musicalité réfléchie, tour à tour et simultanément. Et même quand il lui prend l’idée de chanter, ce n’est pas en vain. C’est une touche bienvenue, rafraîchissante qu’une harmonique providentielle de la guitare de Derek prolonge et s’en fait l’écho instantané avec une précision et  une inspiration suprenantes. Et donc,  dans ce superbe album , nous avons l’occasion d’entendre un éventail insoupçonnable de possibilités , d’explorations variées avec une forme d’intensité sensuelle, une émotion supérieure à certains des premiers Company où Derek et Evan jouaient avec Anthony Braxton, par exemple, (Company 2 Incus). Moins abrupt que le mythique concert du Spontaneous Music Ensemble à l’ICA, « the Quintessence » qui, en 1974, rassemblait en  Stevens, Trevor Watts , Bailey, Parker et Kent Carter (Emanem) dans un continuum imprévisible, 28 Rue Dunois se « compose » de cinq parties :  intro de 7 minutes et quatre mouvements entre 11, 15 et 26 minutes, partagées par la pause entre les deux sets.
Bien sûr les duos de Bailey et Parker avec X Y et Z sont incontournables, mais  «leurs » très rares quartets enregistrés dans leur intégralité impliquant d’autres personnalités sont inoubliables même s’ils semblent moins réussis pour le comptable de la musicalité intégrale. Surtout, ils ont un surcroît d’âme. La part d’inconnues et de risques , les contingences ( histoire de chacun, instrument particulier, sentiments individuels, appétit musical ) sont nettement plus fortes, intenses. Les surprises sont surprenantes et corrigent l’idée qu’on a pu se faire de leur pratique en fonction des disques publiés à l’époque. Une telle rencontre pourrait déboucher sur un fiasco ou des ronds de jambe, mais ici il n’y a rien d’autre que l’approche de l’excellence. L’auditeur transite dans une multiplicité de paysages musicaux : explosions, irruptions de particules sonores inouïes du sax ténor de Parker, fractals de l’amplification baileyienne, réponses de Lewis, ses effet sonores sur les joues et les lèvres, langage fragmenté et ferraillant de Bailey le pied enfonçant la pédale de volume, courses poursuites effrénées ou stase introspective minimaliste, boucles mélodiques qui tournoient ou éclatement des notes, hachures surlignées  et courbes infinies, passages de relai dans un duo mouvant, répétitions d’intervalles distordus, fausses hésitations, proposition contrariante et avisée de Léandre, musique de chambre initimiste ou charge monstrueuse. Bien sûr, il y a deux ou trois flottements, une ou deux digressions superflues, quelques longueurs, mais sur plus de 75 minutes, on est largement récompensé d’une écoute attentive, fascinée. Et quel bonheur !! Moi-même, j’avais organisé la rencontre en quartet avec Evan Parker, Paul Rutherford, Hannes Schneider et Paul Lytton en 1985 et ensuite relancé Martin Davidson et Evan Parker  en connaissance de cause (avoir suivi et écouté la free – music européenne et américaine etc.. durant une vingtaine d’années finit par créer une sorte de sixième sens) pour que ce concert de ce groupe optimal soit publié. Il se trouve dans le CD Emanem 4030 « Waterloo 85 »  dans son entièreté. « Mon quartet de rêve » était une occurrence inespérée et ici le rêve de rencontre magique et de communion complète de Jean-Marc  FOUssat se matérialise en un beau miracle inattendu auquel je souscris à 200%. FOU , FOU, FOU,  je vous dis !

PS. Mise au point « historique » : dans les notes de pochette, Gérard Rouy fait mention de la rupture entre Parker et Bailey qui aurait eu lieu en 1985. Il y avait déjà un contentieux relationnel et « administratif » entre les deux compères (collaborant ensemble depuis 1966 !) à cette époque. Mais cela ne les avait pas empêché d’organiser ensemble deux éditions du festival Incus en avril 1985 et 1986 durant une semaine complète avec une affiche exceptionnelle. Outre les deux « directeurs » d’Incus, on y a entendu Han Bennink , Misha Mengelberg, Paul Lovens, Alex Schlippenbach, George Lewis, John Zorn, Steve Lacy, Phil Wachsmann, Maarten Altena, Paul Lytton, Barry Guy, Paul Rutherford, Kenny Wheeler, Alvin Curran, AMM au grand complet ! , les Alterations, soit Steve Beresford, Pete Cusack, David Toop et Terry Day, Ernst Reyseger et un tout jeune Steve Noble en duo avec Alex Mc Guire. Le tout enregistré par le génial Michael Gerzon, l’inventeur du micro Soundfield et le précurseur de la technique Surround 5.1. En outre, Evan Parker avait publié son dernier album solo « The Snake Decides » chez Incus et cet album avait été enregistré au début de l’année 1986 et vendu lors de ce festival. Ayant été en contact avec DB et EP à cette époque, je pense que la rupture finale est advenue dans le courant de 1987.

Elton Dean Paul Dunmall Paul Rogers Tony Bianco Remembrance No Business Records 2cd

Remembrance . Souvenir. Souvenir d’Elton Dean qui nous a quitté. Souvenir d’une session de 2004. Remémoration des sons et des gestes, des émotions d’une session oubliée qui surgit ici comme un formidable témoignage. Energie, partage de l’espace sonore et temporel entre les deux souffleurs dans un morceau sublime où aucun n’est « soliste » mais se complète avec la moindre note. Quatre morceaux : l’album s’ouvre sur un trio Dunmall, Rogers et Bianco sax ténor – contrebasse – percussion qui évoque les espaces Interstellaires… ( Coltrane – Ali Impulse)….  s’ensuit ce sublime quartet où la cohésion intime et les contrechants / invites réciproques des Deux Dean ‘n Dun ont quelque chose d’unique et de profondément touchant. Sur le deuxième cd, une duo contrebasse à sept cordes et batterie permettent à Paul Rogers d’imprimer sa marque. Fabuleux travail à l’archet… Energie et nuances … Le drumming de Tony Bianco foisonnant et intensément polyrythmique s’incarne avec une touche encore plus subtile et sensuelle qu’à l’ordinaire.
Pour finir, un trio caractéristique avec Elton Dean / Paul Rogers et Tony Bianco. Leur musique renouvelle un genre défini par le vocable free jazz qu’ils investissent en improvisant sans interruption de la première minute à la dernière. Le Coltranisme est Dunmallisé une fois pour toutes  ! Roger(s), je vous reçois cinq sur cinq !!  Ces quatre-là font B(i)anco !! Elton Dean s’en est allé il y a quelques années et cet album est un moyen incontournable de se souvenir de lui. Ce quartet qui figure dans le premier cd est absolument exemplaire du jouer et vivre ensemble qui est au cœur du jazz authentique et des musiques improvisées.  Le reste n’est que passion…..

Ivo Perelman Mat Maneri Two Men Walking Leo records CD LR 696

Souvenez vous, si vous y étiez déjà. Three Men Walking, paru sur ECM, il y a vingt ans nous faisait déjà découvrir Mat Maneri avec son père Joe , aujourd’hui disparu et le guitariste aventureux Joe Morris. Les torsions et glissements microtonaux des Maneri père et fils. Aujourd’hui, Two Men Walking réunit Mat Maneri avec le superbe saxophoniste brésilien Ivo Perelman. 10 morceaux intitulés Part 1 , Part 2 etc.. nous font découvrir le mystère infini des notes étirées, glissées, fractionnées dans une entente symbiose absolument merveilleuse. Une véritable communion microtonale.  C’est absolument sublime. « On » accusera le saxophoniste ténor Ivo Perelman de ressasser « le free –jazz » , mais c’est à tort, faute d’avoir écouté ces deux hommes promenants. Ça commence comme du Sonny Rollins mâtiné de Frank Lowe, et l’alto (violon !) électrique de Mat Maneri s’insère. Bien sûr, ce n’est pas tellement « musique de chambre car ces deux improvisateurs ont un cambrure rythmique, un drive même quand le timbre se fait lunaire. Je ne vais pas passer mon temps à vous décrire les pièces consécutives par le menu. Ce que je peux affirmer c’est la pertinence et la connivence du saxophoniste brésilien et du violoniste alto de Boston. Ils ont un talent fou pour enchâsser les idées communes et les associations de timbre,  d’intervalles, les sautes d’humeur et de rythme, les cris distendus et les glissandi les plus improbables. Cela respire, transpire et conspire la musique obstinément, gravement, lègèrement. Voici donc un superbe album qui vous fera entendre une face cachée des deux instruments respectifs. On oublie souvent qui joue du sax ou du violon tant le partage des volutes, des contrepoints, des accelerandi et du flux microtonal fonctionne dans une véritable osmose, une entente parfaite. Ces deux-là sont faits l’un pour l’autre comme par exemple l’étaient , dans notre jeunesse, Evan Parker et Derek Bailey dans the London Concert 1975 (Psi). Merveilleux !!