mercredi 28 juin 2017

Ivo Perelman & Matthew Shipp L’Archiduc 21 mai 2017.


Ivo Perelman & Matthew Shipp L’Archiduc 21 mai 2017. Concert recorded by Michael Huon due to be issued soon on Leo Records Live at L'Archiduc.
La qualité d’une musique et le fait qu’elle nous touche profondément ne tiennent pas au seul talent des musiciens. L’âme d’un lieu, sa disposition et  son aspect jouent un rôle fondamental et ce concert du 21 mai 2017 à L’Archiduc en a été une preuve vivante. Fameux bar art-déco des années 30 situé au cœur de Bruxelles à deux minutes à pied de la Grand-Place, L’Archiduc est un lieu avec une magie particulière : il impose le respect, l’écoute, le silence nécessaire à celle-ci s’imposant naturellement. Dessiné en demi-cercle autour d’un piano, son bar à cocktails faits main épouse sa courbe surmontée d’une mezzanine qui fait le tour de la petite salle et se remplit les jours d’affluence. La scène est située approximativement au centre autour (et à cause) des deux colonnes qui supportent le plafond légèrement concave. Lors des concerts, sa porte en fer forgé s’ouvre directement sur l’espace où musiciens et publics sont agglutinés. Une fois la musique commencée, comme par miracle, plus personne ne bouge et ne dit mot, les amateurs de jazz, bien entendu, mais aussi les consommateurs installés venus pour étancher leur soif et éprouver la sociabilité. Même ceux qui tentent encore de rentrer pour prendre un verre respectent le rituel, en s’efforçant de ne pas déranger la cérémonie secrète et invisible qui distingue tout à fait L’Archiduc de maints autres débits de boisson où des artistes tentent de s’exprimer.  Les clients constatent qu’il y a un concert et repartent sur la pointe des pieds en prenant soin de fermer la porte avec précaution. Je n’y ai jamais connu le moindre incident même  lorsque le public était très clairsemé et que la musique était « très d’avant-garde ». Comme si le lieu transmettait de lui-même un savoir-vivre vis-à-vis de la musique jouée. Sans doute la personnalité de Jean-Louis Hennart, le patron de L’Archiduc, et lui-même amateur de jazz, y est pour quelque chose. Comme il me l’a répété ce soir-là, il croit à sa bonne étoile et à celle de L’Archiduc. 


Donc, vers dix-sept heures un quart et quelque chose, Ivo Perelman et Matthew Shipp s’installent, circonscrits par un public en attente venu nombreux (75 places assises). On essaie de trouver un siège jusqu’au pied du micro du saxophoniste ou dans le moindre recoin. Michael W. Huon, ingénieur du son légendaire, nous avait fait la surprise de venir enregistrer.  Je m’adresse à tous en remerciant Jean-Louis, ainsi que Christel Kumpen et Koen Vandenhoudt de Sound In Motion pour leur aide à promouvoir le concert. Je suis interrompu par un très bref soundcheck des deux artistes, ironie relative à l’état du funky piano quasi-centenaire. En effet, Jean-Louis tient absolument à conserver ce piano, témoin de l’évolution du jazz à Bruxelles. C’était l’instrument de Stan Brenders, lui-même personnalité centrale du jazz en Belgique, pianiste et chef d’orchestre propriétaire de L’Archiduc depuis 1953 jusqu’à sa mort (1904-1969). Stan Brenders avait entre autres introduit le jazz au Congo Belge et a été ainsi un contributeur indirect de la rumba congolaise telle que celle de Franco Luambo Makiadi et le TPOK Jazz. Le piano de L’Archiduc date de 1935 et Stan Brenders l’a installé à L’Archiduc en 1956. Le nom de l’établissement fait référence à L’ Archiduc Albert d’Autriche, Prince souverain des Pays-Bas du Sud, la future Belgique, de 1595 à 1621. En 1985, Jean-Louis Hennart et son épouse Nathalie Dufour en acquièrent le fonds de commerce directement de la veuve de Stan Brenders. Nat King Cole, Barbara et Jimmy Smith ont joué sur ce piano à l’époque Brenders et ensuite, avec la programmation de Jean-Louis, on entendit Mal Waldron, Misha Mengelberg, Ray Bryant, Bill Carrothers… C’est avec sa collaboration que j’y ai moi-même programmé des pianistes tels que Veryan Weston, Fred Van Hove, Alex von Schlippenbach, Steve Beresford, Yoko Miura et … ce 21 mai, Matthew Shipp ! Pas du tout angoissé ni mécontent du piano, c’est avec le sourire aux lèvres que Matthew a trouvé ce qualificatif « funky » vu l’état de ce vieil instrument. Dès le départ, il s’est concentré pour trouver sa voie avec les particularités sonores et mécaniques de l’engin que JLH veille à soigner dans la mesure du possible. Disons-même, que cet handicap a conditionné tout son cheminement musical, essayant et réessayant des phrasés, des arpèges, des rythmiques, des accords, des intervalles qui sonnaient autrement que sur un Steinway impeccable. Une autre réalité, plus aléatoire. Il était tellement absorbé par la vie curieuse de cette machinerie sournoise qu'il s'est pris au jeu sans tenir compte de la durée à la surprise d’Ivo. Il a, entre autres, exploité la résonance des graves comme si c’était des timbales d’orchestre. Si sur les albums du duo (Callas, Complementary Colors, Corpo, Saturn), les improvisations tournent autour des 6 à 10 minutes, nous avons eu droit à trois suites ininterrompues : deux dans le premier set et une dans le set 2, plus un court rappel. 

Ces deux-là improvisent en symbiose comme s’ils étaient attachés l’un à l’autre par des liens physiques, mentaux, affectifs invisibles, et en accord constant. Comme si aucun des deux ne jouait le rôle de soliste et celui d’accompagnateur. Pas d’ego ! Ils improvisent totalement en créant les mélodies, les variations, leurs interactions, le déroulement,  les accents, l’exploration des textures incarnant d’une manière absolument exemplaire l’esprit de l’improvisation collective, l’éthique du groupe. On pense aux vocables Complete Communion, titre d’un album Blue Note qui réunissait Don Cherry, Gato Barbieri, Henry Grimes et Ed Blackwell dans deux suites mémorables. Comme l’Argentin Gato, un saxophoniste ténor lui aussi, le Brésilien Ivo a un feeling et une sensibilité latino-américaine, une sonorité, des accents, un lyrisme, un je-ne-sais-quoi qui fait songer au sous-continent sud-américain. On ne sait pas très bien, mais en l’entendant, on est certain que ce n’est pas un sax ténor de Chicago, de New York ou de Philadelphie, encore moins de Londres.
La cohésion du pianiste et du saxophoniste est d’une grande profondeur et cette solidarité totale, fortement ressentie par le public, contribue à magnifier leurs qualités individuelles. Assis au plus près des musiciens, le verre d’eau du saxophoniste et sa boîte d’anches sont d’ailleurs posés entre une tasse de café et les verres de bières des auditeurs, le public est littéralement immergé dans le flux sonore, écoutant du regard, observant la musique au plus près, à travers la peau et par leur ossature complètement relâchée, happés par la concentration des musiciens. On les écoute de face, sur les côtés, de derrière, par au-dessus penché sur la balustrade  de la mezzanine. Les serveuses très stylées ne font pas le moindre bruit. De temps à autre, Jean-Louis rentre et sort, la porte d’entrée et celle du sas minuscule ouvertes sur la rue permettent à un fumeur acharné de ne pas en perdre une miette. A la pause, Ivo Perelman, déjà fort honoré de jouer dans un lieu pareil, me déclare avoir trouvé ici « le meilleur public » avec lequel il ait partagé sa musique depuis (fort ?) longtemps. Même au Brésil dit-il, ils ne réagissent pas comme cela. C’est vrai que dans ce public, il y a des connaisseurs qui écoutent cette musique depuis trente, voire quarante ans et suivent les concerts et les festivals en Belgique, aux Pays Bas et en Rhénanie. Mais le facteur le plus important c’est, me semble-t-il, la bonne étoile de L’Archiduc
Comment décrire leur musique ?? Une idée m’est venue lors du concert : Matthew Shipp construit un édifice selon une architecture inventée dans l’instant, élaborant des perspectives,  montant des murs, perçant des portes, délimitant des allées, traçant la dimension de chaque salle, les proportions, les escaliers droits ou tournants, laissant venir la lumière par des embrasures, choisissant les textures, les densités du matériau, les déplaçant avec aisance. Ivo Perelman y ajoute les couleurs, mates, brillantes, rougeoyantes, bleutées, violettes, diaphanes, moirées, intenses, légères, approfondissant les perspectives, créant des ombres qui tournoient, s’élèvent, s’évanouissent. Le public exulte et semble avoir compris quelque chose, indicible, impalpable : une fenêtre s’est ouverte, libérant la joie, un sentiment de communion, l’énergie partagée… Car s’ils sont deux fortes personnalités de la scène internationale, leur relation est profondément amicale et toute leur musique est basée sur l’écoute.

Et la forme musicale ? Le style de Matt au sein du duo avec Ivo embrasse plusieurs conceptions de la consonance vers la dissonance jusqu’à l’atonalité en utilisant les clusters, la polymodalité, un sens de la métrique très personnel et se situe clairement en dehors de la lingua franca du jazz moderne, utilisant les ressources du piano et ses différentes traditions dans une perspective contemporaine. On aurait peine à lui trouver une ascendance parmi ses aînés (Thelonious Monk, Bud Powell, Lennie Tristano, Bill Evans, Randy Weston, Cecil Taylor, Paul Bley). Il appartiendrait plutôt à cette lignée d’inclassables comme Mal Waldron, Ran Blake ou encore Jaki Byard. Dans l’avant-garde, les critiques de jazz de l’ancienne génération font systématiquement référence à l’influence de Cecil Taylor quand un pianiste joue « free ».  Demandez au génial Fred Van Hove, sans doute le plus extraordinaire des pianistes européens et un pionnier de l’improvisation libre radicale, un tas de critiques lui ont cassé les oreilles avec Cecil (si seul !) alors que sa musique est vraiment très différente. On le sait, pour pouvoir situer la démarche de tels artistes et leur processus de création, il faut être soi-même musicien créateur (et encore !) ou se la faire expliquer en détail par un des pairs de l’artiste en question. Tel une fontaine intarissable,  Matthew Shipp invente spontanément des enchaînements de doigtés arpégiés et des cadences des quels découlent un substrat harmonique contemporain où se croise l’impressionnisme, l’influence de Bela Bartok (mise en relation de toutes les tonalités au départ d’une tonalité de base), le dodécaphonisme et des allusions mélodiques aux quelles le jeu de son partenaire peut s’accrocher, en recycler les motifs et les transformer.  Il a travaillé longuement avec David S. Ware, William Parker, Rob Brown et Roscoe Mitchell, mais aussi Evan Parker et John Butcher. 
Si on devait mettre un point de départ dans le style d’Ivo Perelman, on citerait Albert Ayler comme on peut l’entendre dans le double album For Helen F. avec un double trio avec deux  contrebassistes Mark Dresser et  Dominic Duval et deux batteurs Gerry Hemingway et Jay Rosen (label Boxholder). Helen F. pour Helen Frankenheimer, une peintre expressionniste abstraite, Ivo Perelman étant devenu lui-même peintre expressionniste travaillant sur les couleurs vives avec des fonds blancs « 001 » ou noirs comme sur les pochettes de la série des sept albums The Art of Perelman & Shipp sur Leo Records, dédiés aux satellites de Jupiter. Le jeu expressionniste d’Ivo dans cet album est sans doute le plus proche de celui d’Albert Ayler qu’il est possible pour un saxophoniste au niveau du timbre, de l’expressivité et du traitement des harmoniques. Ses collègues, des artistes très talentueux ayant joué avec la crème de la crème (Taylor, Braxton, McPhee), développent un jeu propulsif le poussant dans ses derniers retranchements et la musique est complètement improvisée. On peut résumer la démarche en disant que c’est du free-jazz sans thèmes ni composition, les musiciens improvisant librement tout en suivant un fil conducteur qu’ils découvrent sur le champ. Du « free » free-jazz en quelque sorte. D’un point de vue musical, la dynamique se situe systématiquement entre le mezzoforte très appuyé et le fortissimo et les cadences en pulsations libres peuvent donner le tournis. Cette approche violente du jeu (le cri quasi permanent) a un défaut majeur : on met de côté un éventail de possibilités dans les timbres et les associations de sons permises en utilisant les ressources d’une dynamique plus large vers le piano et le ppp, sans parler des contrastes et des nuances rendus possibles en intégrant différents modes de jeu qui pourraient enrichir la musique. La qualité du dialogue et l’interactivité sont finalement restreintes.  Au fil des années, la quête d’Ivo Perelman s’est déplacée vers l’improvisation libre totale en utilisant les ressources sonores de son instrument en compagnie d’une fratrie d’improvisateurs avec qui ils partagent l’amitié et une communauté d’esprit : Matthew Shipp, le violoniste alto Mat Maneri, les contrebassistes William Parker, Michael Bisio et Joe Morris, celui-ci aussi guitariste, les batteurs Gerald Cleaver, Whit Dickey, et récemment, Andrew Cyrille et Bobby Kapp. Matt et Ivo préfèrent approfondir et étendre leurs créations musicales spontanées en se focalisant sur quelques partenaires, le challenge étant de continuer à s’étonner de ce qu’ils arrivent encore à imaginer au fil des concerts. Ne croyez pas que les offres de prestation pleuvent : lors de cette tournée, le duo a joué au Black Box à Münster, au Bim-Huis à Amsterdam, L’Archiduc à Bruxelles, au DOM à Moscou et au Martinschlössl à Vienne. Cinq concerts ! Ce n’est pas tellement lorsqu’on considère certaines tournées de leurs collègues qui ont une solide notoriété et le fait qu’il y avait un bail qu’Ivo n’avait plus joué en Europe. Aujourd’hui, le style d’Ivo Perelman offre quelques similitudes avec celui d’Archie Shepp de l’époque Impulse comme dans les albums New Thing at Newport (le Matin des Noirs) et The Way Ahead entre 1964 et 1969. Une particularité du style d’ivo est de faire chanter les harmoniques et d’étirer les notes, les faire glisser en écartant la justesse de l’intervalle de manière homogène sur toute la gamme. C’est assez impressionnant. 
Lors de la deuxième partie du deuxième set, Ivo sort de l’ambiance relâchée et méditative en se lançant dans les aigus étirés (les harmoniques) jusqu’à un climax où Matthew embraie sur des cadences presque répétitives qu’il brise par moments et en décale l’agencement offrant au souffleur à introduire ces harmoniques dans son phrasé, coordonné sur les battements du jeu du pianiste et à travers les méandres fascinants de ses inventions. Mais Ivo peut très bien, tel un somnambule, évoluer dans un registre qui évoque la tendresse des ténors West -Coast ou même de la période Swing (Ben Webster). Aussi, le vécu brésilien du saxophoniste transpire dans son lyrisme. Une  voix unique ! Dans le deuxième set, le duo évolue dans un univers presque tonal et les motifs mélodiques s’échangent insensiblement d’un instant à l’autre entre le souffleur et le pianiste. Matt Shipp et Ivo Perelman étendent cette atmosphère « balladesque » durant plus d’une quinzaine de minutes en renouvelant les motifs et en s’entraînant respectivement l’un l’autre vers  un climat plus tendu, avec des zones de fracture et des surprises jusqu’au bout des quarante deux minutes de ce véritable tour de force. Comme pianiste, Matthew a de la suite dans les idées et ici, ils les poussent le plus loin qu’il peut, agençant les formes sur la distance sans s’égarer, même si l’auditeur peu coutumier pourrait se sentir largué. Fort heureusement, la présence chaleureuse du sax ténor transfigure cette dérive par son chant éperdu allongeant la béatitude de l’instant dans des minutes qui seraient perçues comme interminables sans la flamme de sa sonorité qui s’aiguise sans fin vers le cri de l’âme.  Lorsqu’ils reviennent pour l’Encore final, ils reprennent le débat là où ils l’avaient laissé en prolongeant et synthétisant leur démarche instantanée particulière aux deux sets précédents. Je pense qu’il s’agit d’un véritable tour de force par rapport à leurs merveilleux  albums studio. C’est par ce don intégral  que s’expriment l’extraordinaire générosité et la merveilleuse simplicité/ complicité des deux musiciens : la continuité inventive de leurs pérégrinations durant plus de nonante minutes est le fruit d’une capacité rare et peu commune à inventer et à improviser dans l’instant le contenu de leurs vies.

In English : translation for the notes of the next album Matthews Shipp & Ivo Perelman Live In Brussels on Leo records

Ivo Perelman & Matthew Shipp L’Archiduc May 21, 2017. 

The quality of a piece of music and the fact that it can touch us profoundly isn’t only due to the talent of the musicians. The soul of a location, its layout and appearance play a fundamental role, and the concert on May 21, 2017, at L’Archiduc was living proof of this. The famous 1930s Art Deco bar located in the heart of Brussels, a two-minute walk from the Grand-Place, L’Archiduc is a place with special magic: it imposes respect and attentiveness, and the silence needed for this comes naturally. Designed in a half-circle around a piano, the hand-made cocktail bar hugs the curve, with an overlooking mezzanine that runs around the small room, filling up on busy days. The stage located approximately at the center, surrounding (cleverly) two columns supporting the slightly concave ceiling. During concerts, its wrought-iron door opens directly into the space, where musicians and concert-goers cluster. Once the music begins, as if by a miracle, no one moves or says a word, both jazz-lovers, of course, but also bar customers who have come in for a drink and a chat. Even those who still try to come in to have a drink respect this ritual, trying not to disturb the secret and invisible ceremony that sets L’Archiduc completely apart from the countless other drinking establishments where artists come to express themselves. The customers notice that there’s a concert going on, and tiptoe back to be sure to close the door carefully. I’ve never seen a single incident, even when the audience was sparse and the music was quite “avant-garde,” as if the location itself gave legitimacy to the music being played. Surely the personality of Jean-Louis Hennart, the manager of L’Archiduc, himself a jazz-lover, counts for something. As he told me that night, he has faith that his and L’Archiduc’s lucky star will hold
At around a quarter past five or so, Ivo Perelman and Matthew Shipp set up, surrounded by an eager and large audience (75 seats). They tried finding a seat up to the foot of the saxophonist’s microphone or tucked away in a corner. Legendary sound engineer Michael W. Huon surprised us by coming in to record. I thanked Jean-Louis, as well as Christel Kumpen and Koen Vandenhoudt from Sound In Motion for their help in promoting the concert. I was interrupted by a very short soundcheck from the two artists, relatively ironic given the condition of the virtually century-old “funky” piano. Indeed, Jean-Louis wants to preserve the piano at all costs since it’s a witness to the evolution of jazz in Brussels. It was Stan Brender’s piano, himself a central personality of the Belgian jazz scene, the pianist and band leader who owned L’Archiduc from 1953 to his death (1904-1969). Stan Brenders in particular introduced jazz to the Belgian Congo, and was thus an indirect contributor to Congolese rumba, such as by Franco Luambo Rakiadi and TPOK Jazz. L’Archiduc’s piano dates from 1935, and Stan Brenders moved it to L’Archiduc in 1956. The place’s name refers to Archduke Albert of Austria, Sovereign Prince of the Southern Netherlands, which would become Belgium, from 1595 to 1620. In 1985, Jean-Louis Hennart and his wife Nathalie Dufour, by acquiring the business directly from the widow of Stan Brenders, Nat King Cole, Barbara and Jimmy Smith played on this piano during the Brenders years, and then, with Jean-Louis in control, we got Mal Waldron, Misha Mengelberg, Ray Bryant, Bill Carrothers and many others. With his collaboration, I myself scheduled pianists such as Veryan Weston, Fred Van Hove, Alex Von Schlippenbach, Steve Beresford, and last May 21, Matthew Shipp! He wasn’t at all intimidated or unhappy with the piano, and with a smile, and given the condition of the piano, he simply called it “funky.” From the start, he concentrated on finding his way with the special sound and mechanical properties of the old instrument, which JLH makes sure to maintain as much as possible. We could even say that this handicap conditioned his musical journey, attempting and re-attempting phrases, arpeggios, rhythms, chords and intervals that would sound quite different on a pristine Steinway. It was another, more random reality. He was so absorbed by the curious life of this crafty machine that he started playing without considering the duration of Ivo’s surprise. In particular, he exploited the resonance of the basses as if they were orchestral tympani. While the duo’s albums (Callas, Complementary Colors, Corpo and Saturn), improvisations lasted around 6 to 10 minutes, then we heard three uninterrupted suites: two in the first set and one in the second one, plus a short encore.
The two improvised in symbiosis, as if they were bound to each other by invisible physical, mental and emotional ties, in constant accord, as if neither one was playing the role of a soloist or backup. No ego to be found! They improvised completely by creating melodies, variations, interactions, progressions and accents, the exploration of textures incarnated the spirit of collective improvisation in an absolutely exemplary way – a group ethic. We might think of the sounds of Complete Communion, the title of the Blue Note album, which brought together Don Cherry, Gato Barbieri, Henry Grimes and Ed Blackwell in two memorable suites. Like the Argentine Gato, a tenor saxophonist as well, the Brazilian Ivo had a Latin-American feel and sensibility, with a sound, accents and lyricism, a je-ne-sais-quoi reminiscent of the South American continent. Without quite knowing why, by listening, you can tell that it’s not a tenor sax from Chicago, New York or Philadelphia, or even London. The cohesion between the pianist and the saxophonist is very deep, and this complete solidarity, strongly felt by the audience, helps to magnify their individual qualities. Seated very near the musicians, the saxophonist’s glass of water and box of reeds are also placed between a cup of coffee and glasses of beer of the audience members. The audience is literally submerged in the flow of sound, listening with their eyes, watching the music closely through the musicians’ skin and bones in completely relaxed posture, gripped with concentration. They listen in front, on the sides, behind, and even from above, perched on the railing of the mezzanine. The very stylish waitresses don’t make the slightest sound. From time to time, Jean-Louis comes in and goes out the main door and the door to the passage open onto the street, allowing the die-hard smokers not to miss a beat. At the break, Ivo Perelman, who was already highly honored to play in such a place, told me that here he had found “the best audience” with whom he had shared in music in a (very?) long while. Even in Brazil, he said, they didn’t react like this. It’s true that in this audience, there were connoisseurs who have been listening to this kind of music for thirty or forty years, following concerts and festivals in Belgium, the Netherlands and Rhineland. But the most important factor, I feel, is L’Archiduc’s lasting lucky star.
How can I describe their music? One idea came to mind during their concert: Matthew Shipp constructs a building using architecture invented in an instant, developing perspectives, building walls, knocking through doors, setting out hallways, tracing the dimensions of every room, the proportions, the straight or curved stairways, letting light in through windows, choosing the textures and densities of the building materials, moving them around with ease. Ivo Perelman adds colors, matte, glossy, reddish, bluish, purplish, translucent, golden, intense, light, deepening perspectives, creating shadows that spin, rise and vanish. The audience revels, seeming to have understood something inexpressible and unpalpable: a window opens, letting in joy, a feeling of communion and shared energy. Because although they’re two strong personalities on the international scene, their relationship is profoundly friendly and all their music is based on attentiveness.
And as for the musical form, Matt’s style within the duo with Ivo sticks to several concepts, from consonance to dissonance, including atonality by using clusters, polymodality, a very personal sense of metrics, located clearly outside the lingua franca of modern jazz, using the resources of the piano and its various traditions in a contemporary perspective. We could hardly find any family resemblance to his forebears (Thelonious Monk, Bud Powell, Lennie Tristano, Bill Evans, Randy Weston, Cecil Taylor, Paul Bley). Instead, he belongs to the uncategorizable line of Mal Waldron, Ran Blake and even Jaki Byard. In avant-garde, jazz critics in the older generation systematically reference the influence of Cecil Taylor whenever a pianist plays “freestyle.” Ask the marvelous Fred van Hove, surely the most extraordinary European pianist and a pioneer in radically free improvisation: tons of critics made his ears bleed with Cecil, although his music is truly quite different. We know this: that in order to be able to situate the process of such artists and their creative process itself, we ourselves need to be creative musicians (and then some!) or let it be expressed in detail by one of the peers of the artist in question. Like an endless fountain, Matthew Shipp spontaneously invests series of fingered arpeggios and cadences from which spring forth a contemporary harmonic substrate where impressionism, influence from Bela Bartok (articulating all the tonalities from a single basic tonality), dodecaphonism and melodic allusions together, where his partner can play off, recycling the patterns and transforming them. He worked for a long while with David S. Ware, William Parker, Rob Brown and Roscoe Mitchell, in addition to Evan Parker and John Butcher.
If we had to name a starting point for Ivo Perelman’s style, I would say Albert Ayler, as can be heard in the double album For Helen F., with a double trio with the two double-bassists Mark Dresser and Dominic Duval, and the two drummers Gerry Hemingway and Jay Rosen (Boxholder label). Helen F. stands for Helen Frankenheimer, an abstract expressionist painter, since Ivo Berelman became an expressionist painter himself, working with bright colors on “001” white backgrounds or black backgrounds, like on the serial covers of the seven albums of The Art of Perelman & Shipp by Leo Records, devoted to the moons of Jupiter. The expressionistic playing of Ivo in this album is undoubtedly the closest to Albert Ayler as possible for a saxophonist at this level of timbre, the expressiveness and the treatment of harmonics. His colleagues, who are very talented artists who have played with the crème de la crème (Taylor, Braxton, McPhee), develop propulsive playing, pushing him into his latest takeaway where the music is completely improvised. You might summarize the process by saying that it’s free jazz without themes or composition, with musicians improvising freely while following a common theme they discover on the spot: in some way, it is “free” free jazz. From a musical point of view, the dynamic is located systematically somewhere between very powerful mezzo-forte and fortissimo, and the cadences follow free rhythms that can be dizzying. This violent approach to playing (virtually constantly screaming) has one major drawback: they dismiss an array of possibilities with the timbres and the associations of sounds permitted by using the resources of a wider dynamic toward piano and pianissimo, not to mention the contrasts and nuances made possible by integrating different playing methods that could enrich the music. The quality of the dialog and interactivity end up being restricted. Over the years, Ivo Perelman’s quest has shifted to total free improvisation by using the sound resources of his instrument along with a brotherhood of improvisers with whom they share friendship and a common spirit: Matthew Shipp, violist Mat Maneri, double-bassists William Parker, Michael Bisio and Joe Morris, who is also a guitarist, drummers Gerald Cleaver, Whit Dickey, and recently, Andrew Cyrille and Bobby Kapp. Matt and Ivo prefer to deepen and extend their spontaneous musical creations by focusing on a few partners, the challenge being to continue to delight with what they still manage to come up with over the course of their concerts. Don’t think that there’s no shortage of opportunities: on this tour, the duo played at the Black Box in Munster, at the Bim-Huis in Amsterdam, L’Archiduc in Brussels, at the DOM in Moscow and at the Martinschlössl in Vienna. Five concerts! Not that many when you consider some tours by their colleagues who have solid notoriety, and the fact that it had been ages since Ivo had played in Europe. Today, Ivo Perelman’s style has some similar aspects to that of Archie Shepp from the Impulse era, like in the albums New Thing at Newport (Le Matin des Noirs) and The Way Ahead between 1964 and 1969. One particularity of Ivo’s style is making the harmonics sing and to stretch out the notes, making them slide by dismissing interval precision smoothly over an entire scale. It’s rather impressive.
In the second part of the second set, Ivo moved away from the casual, meditative atmosphere by leaping into extended trebles (harmonics) up to a climax where Matthew embarked on almost repetitive cadences that he occasionally broke at times, outside the structure, letting the woodwindist introduce his harmonics in his phrasing, coordinate to the beats of the pianist’s playing and through the fascinating meanderings of his inventions. Yet Ivo could very well, with his eyes closed, develop in a register that evokes the tenderness of West Coast tenors, or even from the Swing period (Ben Webster). Also, the saxophonist’s Brazilian background shows through in his lyricism: he was a student of the Villa Lobos school in Rio, with such a unique voice! In the second set, the duo evolves in an almost tonal world and the melodic patterns exchange unnoticed from one moment to the next, between the saxophonist and the pianist. Matt Shipp and Ivo Perelman extend this “ballad” atmosphere over more than fifteen minutes by reusing the forms over a distance without getting lost, even though the listener may continue to feel left behind. Quite fortunately, the warm presence of the tenor sax transfigures this drifting with its boundless singing, prolonging the beatitude of the instant into minutes that are perceived as endless for some, if it weren’t for the flame of its sound, which sharpens endlessly toward the cry of the soul. When they come back for the final encore, they take up the debate where they left off by prolonging and synthesizing their special instantaneous process from the two previous sets. I think that it’s a real show of force compared to their wonderful studio albums. Through this integral gift, the extraordinary generosity and wonderful simplicity and complicity between the two musicians are expressed: the inventive continuity of their travels over more than ninety minutes is the fruit of a rare and unusual capacity to invent and improvise the content of their lives on the spot.


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