vendredi 15 septembre 2017

Deniz Peters & Simon Rose/ Harald Kimmig Alfred Zimmerlin Daniel Studer / Franziska Baumann & Christoph Baumann / Jean-Marc Foussat & Blick

Edith’s Problem Deniz Peters & Simon Rose Leo Records CDLR 812

Je ne sais pas qui est Edith et quel est le problème. J’ai depuis quelques années quelques problèmes avec le label Leo, suite au réel fléchissement dans l’intérêt que je pouvais y trouver . On se souvient des albums fantastiques de Cecil Taylor, Evan Parker, Anthony Braxton, Sun Ra, du duo Minton –Turner. À l’exception des nombreux enregistrements superbes d’Ivo Perelman, des solos d’Urs Leimgruber et du groupe 6IX avec Jacques Demierre, Roger Turner, Okkyung Lee, Urs Leimgruber, Thomas Lehn et Dorothea Schurch, et bien sûr le cd solo de violoncelle d'Elisabeth Coudoux et du quartette de violoncelle Octopus, on ronge quand même son frein. Mais s’ils continuent avec des pépites telles que ce Edith’s Problem du pianiste Deniz Peters et du saxophoniste Simon Rose (baryton et alto), je ne vais pas hésiter à faire la réclame. Simon Rose est un saxophoniste qui a fait ses débuts en compagnie de Mark Sanders et Simon H Fell dans la galaxie improvisée londonienne dans la direction du free total (Badland Bruce’sFingers BF14 1996). Au fil des années et des enregistrements, son jeu devient de plus en plus focalisé et il affine ses techniques, son univers et est devenu un incontournable de l’improvisation radicale, un frère par l’esprit des Michel Doneda, Urs Leimgruber, Georg Wissel , Jean Luc Guionnet, JJ Duerinckx etc…. Non content de publier de superbes albums solos de sax baryton tels Schmetterling pour Not Two, il s’engage depuis plusieurs années dans un travail de recherche, lequel est trop délaissé par nombre de ces collègues qui louchent du côté du free free-jazz accompagné par une batterie pétaradante et un contrebassiste qui tire sur les cordes ou un guitariste noise. Adepte d’un travail minutieux sur le son, il nous avait livré une merveille intense en compagnie du pianiste Stefan Schulze (Ten Thousand Things /Red Toucan). Il récidive dans une manière plus retenue, plus spacieuse et épurée en compagnie du pianiste Deniz Peters en alternant sax alto et baryton. Le silence fait partie intégrante de la construction musicale et tout l’intérêt du jeu au saxophone baryton réside dans les infimes nuances de timbre, de dynamique, de densité du souffle, ces détails constitutifs de la musique que gomme l’amplification et les lieux inappropriés à la musique acoustique. Simon Rose se retient de jouer et écoute la résonance de ses propres sons dans celle du piano ouvert à tout vent. Le travail instrumental est précis et chaque fin de morceau nous laisse aiguise notre attente pour les notes et les sons que l'on se serait attendu à être joués. Le pianiste fait résonner les notes isolées dans l'espace autour de la table d'harmonie en modifiant subtilement le toucher, la pression sur le clavier et une des pédales. Un registre voisin de John Tilbury. Chaque silence, chaque son est soupesé et mûrement réfléchi et les vibrations du souffle et des cordes meurent dans le silence et la réverbération du piano, les deux musiciens sélectionnant scrupuleusement des fréquences/ hauteurs en empathie.   La musique pourra paraître austère mais il s'en émane un réel lyrisme.  Après une série de séquences toutes en sons suspendus et étirés, une cinquième pièce introduit une angularité tangentielle et une forme d'interaction subtile et mouvante qui renforcent la qualité de l'écoute et l'imagination (Shifts). Un très bon point donc pour le label Leo et les deux musiciens qui réalisent une performance somme toute rare.


Kimmig-Studer-Zimmerlin String Trio Im Hellen  Harald Kimmig Daniel Studer Alfred Zimmerlin hat (now) Art 201


Une belle surprise ! La série now art de Hat Hut Records est consacrée à la musique contemporaine « écrite » par des compositeurs. Morton Feldman, John Cage, Christian Wolff, Roman Haubenstock Ramati, Giacinto Scelsi… etc …. Mais aussi le groupe Polwechsel avec Michael Moser, Werner Dafeldecker, Burkhard Stangl, Radu Malfatti, puis John Butcher, Burkhard Beins situé à mi-chemin de l’écriture alternative contemporaine et l’improvisation minimaliste focalisée sur le travail des textures. Voilà que la série invite ce trio violon (Kimmig) - contrebasse (Studer) – violoncelle (Zimmerlin) entièrement et librement improvisé. Trois cordes dans ce format ont l’heur de se rapprocher d’une instrumentation type « musique contemporaine » d’avant garde. Mais ce n’est pas tout. Ces trois improvisateurs suisses chevronnés ne se contentent pas d’empiler des techniques alternatives ou étendues en frottant, frappant, grattant les cordes et surfaces de leurs instruments en variant les paramètres à l’envi. Ils ont un art consommé pour enchâsser, enchaîner, lier, rejoindre ou disjoindre leurs improvisations individuelles dans un ensemble d’une grande cohérence et avec un son de groupe très marqué. Le travail textural est essentiel sans qu’il soit confiné dans un domaine strict. En effet, leur manière est merveilleusement accentuée, par des chocs de toutes dimensions, des frappes discrètes et coups d’archet insistants, un riche éventail d’harmoniques et des pizzicati précis en diable. Le piano est ceinturé par le forte, des sons à peine audibles ou sotto voce voisinent des frissons denses soulignés par un arco robuste. Des contrepoints sauvages, une expressivité intense, une construction / déconstruction, la remise en question permanente. Et pourtant, il y a une grande cohérence dans cette expression immédiate d’inprovisation radicale.  On trouve dans leur musique autant de  procédés du travail du son, des lignes et du contenu que chez un compositeur exigeant. Mais ici, ils sont agencés spontanément avec une conscience aiguë de la forme et du déroulement temporel, comme si tout coulait de source. Un groupe d’improvisation incontournable qui compose en temps réel. Le texte de pochette indique Composed by Kimmig Studer Zimmerlin. Quelques soient les méthodes et les procédés, ce qui compte, c’est la musique qu’on écoute et celle-ci est superlative.

Interzones Volume 1 Franziska Baumann & Christoph Baumann Leo Records CD LR 757

Duo d’une chanteuse – vocaliste improvisatrice avec live electronics et d’un pianiste qui joue aussi du piano préparé. Franziska Baumann se rapproche un peu plus de la pratique de Maggie Nicols, s’il faut une référence que de celles de Dorothea Schurch ou Ute Wassermann. Une partie de la musique semble composée parmi la dizaine de pièces enregistrées. La chanteuse se fait volubile tout comme le piano ou plus intériorisée et introspective. On peut l’entendre chanter des harmoniques surprenantes et puissantes comme dans Coming into Things. Tous ceux et celles qui ont été touchés par Maggie Nicols, Tamia, Julie Tippetts, Phil Minton et plein d’autres vocalistes (Viv Corringham, Isabelle Duthoit, Guylaine Cosseron, Ute Wassermann, Shelley Hirsch etc..) seront en territoire connu et apprécieront l’apport personnel de cette vocaliste suisse. Avec le très remarquable pianiste Christoph Baumann, de formation classique et très au fait de la musique contemporaine, s'est établi une réelle connivence. Franziska développe une démarche et un port de voix particuliers pour chaque pièce et le duo prend bien garde de ne pas tomber dans le mimétisme. Par exemple, dans Fixed after your hand and purpose, ils jouent chacun des choses très différentes mais qui, contre toute attente, se complètent et créent la surprise. La fin de ce morceau offre un bel exemple d’harmoniques chantées la bouche quasi fermée produisant une super diphtongue (composite de plusieurs voyelles) fascinante. Son articulation délirante scat parlé-chanté dans Daily Entropy est une partie de haut-vol, dans laquelle les ostinati travaillés du pianiste font merveille, la chanteuse établissant un dialogue bienvenu pour clore le morceau. Elektrofunkel, introduit le piano préparé, des live-electronics, des séquences vocales qui s’enchaînent et les duettistes tentent de raconter une histoire sonique du meilleur effet à laquelle la voix aiguë de FB aspirant une vocalise apporte un caractère fantomatique. La chanteuse chante aussi de remarquables ritournelles sophistiquées sur un rythme impair qui alternent avec ses vocalises/ scats, lesquelles coïncident avec précision avec les accents du jeu de Christoph Baumann. Elle peut chanter avec un port de voix classique ou comme une improvisatrice d’influence jazz/bossa avec un débit, des inflexions et une articulation surprenante. Sa voix se révèle très souvent naturelle. Une fois que tous les morceaux d’Interzones ont défilé, j’ai le sentiment d’avoir pénétré dans un univers complexe et composite à la jonction de plusieurs sentiments, pratiques, textures, piano contemporain, improvisation thématique, musiques jouées avec spontanéité, brio et sensibilité. D’excellents artistes qui méritent largement d’être entendus. Bravo à Leo ! 

Fouïck Mastic Boréal Jean-Marc Foussat & Blick Fou Records FR-CD 22


Voici un super témoignage atypique ! Sur la pochette, c’est écrit  : Jean-Marc Foussat musicien/ improvise à vif synthé AKS voix – FOUÏCK-  Blick imprécateur / flot de parole en flux tendu. Flux tendu fait sans doute allusion à cette technique de management des livraisons des grandes surfaces et des usines contemporaines qui use les travailleurs et diminue la qualité de la production industrielle afin de réaliser des gains de productivité, sans trop tenir compte des couacs en tout genre qui ajoutent des soucis supplémentaires à la vie travailleurs-consommateurs-navetteurs-précaires- etc…  qui n’est déjà pas rose. Et alimente le ras-le bol, la dépression ou la révolte. L’invention verbale et poétique de Blick est une belle contrepartie /complément idéal aux sonorités et triturations électroniques de J-MF et lui permet d’improviser plus dans le subconscient et l’expérimentation instantanée en suivant le cheminement imprévisible du texte. Le musicien se tient en peu en retrait tout en étant réactif, voire proactif, étirant et modelant les sonorités de son antique AKS. Quatre improvisations  de 12 :22, 17 :31, 18 :21 et 12 :31 : Aplati l’Horizon, Normal, Traces d’Esquives et Œilletons. L’imaginaire de Blick fonctionne à plein, l’intériorité de sa poésie spontanée, de ses contes fantasmagoriques (une technique qu’il a dû beaucoup travailler) crée une belle inspiration pour l’écoute de la partie musicale. On sent très bien que l’expression de ses mots surgit ou se dévide dans une écoute profonde des flux vibratoires de l’électronicien. La densité mouvante du texte, ses correspondances secrètes et sa sobre dramaturgie demande des écoutes répétées et c’est ainsi qu’on saisit la valeur de la musique.

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